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Trois panneaux d’un pavement de mosaïque de Vienne (Isère) au musée du Louvre

Alors qu’elle comptait déjà soixante-trois pavements ou éléments de pavement d’Afrique du Nord ou du Proche-Orient, la collection de mosaïques du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines s’est encore enrichie, lors de la vente publique du 5 décembre 2010 organisée par la maison de vente Pierre Bergé et associés à Drouot Montaigne, d’un remarquable ensemble de trois panneaux provenant d’un pavement de domus de l’antique Vienne.

Ces trois panneaux étaient connus et répertoriés depuis longtemps. Exhumés en 1881 lors des travaux de fondation d’un immeuble au 5, rue Peyron, à Vienne, ils appartenaient à un pavement plus vaste dont on ignore l’état de conservation et les dimensions au moment de la découverte. Vraisemblablement déposés pendant les fouilles pour pouvoir être conservés, ils ont tous trois été montés sur un support de ciment carré, de 92 cm de côté, ceint d’un encadrement métallique. Publiés dès 1890, ils furent classés monuments historiques par un arrêté du 2 mars 1937. En 1981, ils furent de nouveau publiés par Janine Lancha dans son Recueil général des mosaïques de la Gaule. III. Province de Narbonnaise. 2. Vienne, où il est précisé qu’ils étaient alors « accrochés au mur dans la cage d’escalier du numéro 5 de la rue Peyron, au rez-de-chaussée et au 1er étage ; le propriétaire de l’immeuble et des mosaïques est Me Frécon ». Ils sont restés dans l’immeuble sous lequel ils avaient été découverts jusqu’à leur mise en vente publique en 2010.

Ces trois panneaux sont constitués de petits cubes de marbre et de calcaire, appelés tesselles, dont les dimensions varient de 1 à 0,2 cm de côté entre le fond et les figures. Le premier montre une scène de chasse : accompagné de trois chiens, le chasseur simplement vêtu du manteau des cavaliers, la chlamyde, menace de sa lance un sanglier qui lui fait face dans un paysage rocailleux. Il s’agit là de la représentation de la chasse de Méléagre contre le sanglier de Calydon, un thème classique de la peinture murale à l’époque romaine, souvent repris en mosaïque sous forme d’emblema (décor central d’un pavement) ou intégré à des scènes de chasse plus vastes, inspiré en effet par une composition célèbre notamment pour la représentation de la grotte et des arbres et attribué au peintre grec Polygnote de Thasos ; la scène de la chasse de Calydon se retrouve par exemple dans une mosaïque d’Oudna (Tunisie) ou encore de Cos (Grèce). Le deuxième panneau montre un couple de canards nageant au centre d’un médaillon décoré d’une épaisse couronne de feuilles de lierre chargées de fruits. D’autres volatiles, perdrix ou faisan, occupent les écoinçons. Le thème du canard est fréquent dans les mosaïques de Vienne, où on le trouve souvent traité dans les parties secondaires des pavements, comme les écoinçons. Le troisième panneau reprend la même organisation : un buste masculin portant une couronne de lierre et un manteau s’inscrit dans un large médaillon orné de feuilles de chêne ; quatre paons et paonnes remplissent les écoinçons. Diverses identifications ont été proposées pour le personnage masculin : peut-être faut-il y voir un philosophe ou un poète, en raison du manteau qu’il porte et du bandeau qui ceint son front. Les sujets traités sur ces trois panneaux sont donc sans relation les uns avec les autres ; à l’exception du canard, ils ne sont pas courants à Vienne.

Ces panneaux appartenaient à un pavement constitué d’un quadrillage de cases carrées à décor multiple, type de composition bien attesté dans la production de mosaïques viennoises et notamment représenté par un pavement découvert en 1857 et illustré en son centre par l’ivresse d’Hercule.

Capitale du peuple allobroge au IIe siècle avant J.-C., promue colonie latine par Jules César en 50 avant J.-C. (« colonia Iulia Augusta Florentia Vienna »), Vienne constitue la limite septentrionale de la province de Narbonnaise fortement romanisée. Avec ses faubourgs, Sainte-Colombe et Saint-Romain-en-Gal, elle a livré un très vaste ensemble de mosaïques (cent quarante-deux pavements ou fragments de pavements de mosaïque mis au jour d’après la publication de Janine Lancha) qui témoignent de l’activité intense des ateliers viennois, sans équivalent dans aucune autre ville de Gaule, voire de l’Occident romain. Influencée en partie par les ateliers italiques, cette production se caractérise par la variété des techniques mises en oeuvre, par la constitution d’un répertoire de canevas (décor tapissant selon une organisation géométrique), dont font partie les compositions en quadrillage à décor multiple, et par un répertoire végétal riche et d’une grande variété, marqué notamment par le souci d’adapter l’ornement à son cadre géométrique, et la réalisation conjointe de mosaïques figuratives, conservées en grand nombre et portant souvent des sujets mythologiques, et de mosaïques décoratives noires et blanches. Ainsi, les trois panneaux de la rue Peyron, du fait de leurs sujets et de leur composition, s’inscrivent parfaitement dans la production des ateliers de mosaïstes viennois. Chronologiquement, ils sont datés entre 175 et 225 et appartiennent à un corpus réparti en quatre groupes situés entre le Ier siècle avant J.-C. et le IIIe siècle après J.-C.

Au musée du Louvre, les trois mosaïques de Vienne rejoignent une collection de référence dans ce domaine. En effet, au sein du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines s’est constituée depuis 1840 une importante collection de mosaïques d’époque romaine (soixante-trois numéros) composée de deux ensembles. Le premier d’entre eux regroupe les mosaïques d’Afrique du Nord – provenant d’Utique et de Carthage en Tunisie, et de Constantine en Algérie –, composées de trente-sept panneaux ou fragments comprenant des décors de villa, des mosaïques funéraires chrétiennes, ainsi que des fragments de pavement d’église, dont la pièce maîtresse est le Triomphe de Neptune et Amphitrite de Constantine. Le second ensemble provient du Proche-Orient et se divise en trois groupes : le pavement de l’église Saint-Christophe de Qabr Hiram (Liban actuel), découvert lors de la mission d’Ernest Renan en Phénicie en 1862 ; les dix mosaïques d’Antioche issues du partage effectué lors des fouilles menées par la mission franco-américaine entre 1934 et 1939, avec comme pièces maîtresses la mosaïque du Jugement de Pâris, la mosaïque des Saisons de la villa constantinienne et le Phénix ; enfin, les mosaïques chrétiennes de Syrie acquises à partir des années 1970.

Les aléas de l’histoire des collections nous ont privés, ou presque, de mosaïques provenant des autres provinces de l’Empire romain. Seuls le pavement géométrique de la via Nomentana à Rome, intégré dans le sol de l’une des salles romaines, et trois petits fragments de Véies illustrent la production pourtant essentielle des ateliers italiques ; celle des ateliers de la péninsule Ibérique est tout à fait absente. La Gaule n’était, jusqu’à cette acquisition, représentée que par quelques fragments d’une mosaïque de Saint-Romain-en-Gal trouvés en 1826.

Or, le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines a pour vocation de refléter l’ensemble du monde romain. Le musée du Louvre souhaite donc combler ses lacunes en présentant les principaux ateliers de production de mosaïque. L’acquisition des trois panneaux de la rue Peyron à Vienne permettra de montrer un ensemble caractéristique d’un atelier de Gaule romaine. Ces trois panneaux trouveront naturellement leur place dans les futures salles romaines, dans une section consacrée à l’étendue et à la diversité de l’Empire. En Gaule, le phénomène de « romanisation » est en effet particulièrement sensible dans le domaine de la mosaïque.

C. Giroire

 

Chasse de Méléagre contre le sanglier de Calydon
Entre 175 et 225 après J.-C.
Panneau de mosaïque : marbre et calcaire. H. 92 cm ; l. 92 cm
Vienne (Isère)
Découvert en 1881 lors des travaux de fondation d’un immeuble
rue Peyron à Vienne ; conservé sur place jusqu’à la mise en vente
Acquis en vente publique à Paris, hôtel Drouot, maison de vente
Pierre Bergé et associés, le 5 décembre 2010
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
(MNE 1337)


Couple de canards au milieu d’une couronne végétale
Entre 175 et 225 après J.-C.
Panneau de mosaïque : marbre et calcaire. H. 92 cm ; l. 92 cm
Vienne (Isère)
Découvert en 1881 lors des travaux de fondation d’un immeuble
rue Peyron à Vienne ; conservé sur place jusqu’à la mise en vente
Acquis en vente publique à Paris, hôtel Drouot, maison de vente
Pierre Bergé et associés, le 5 décembre 2010
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
(MNE 1338)


Buste masculin au milieu d’une couronne
Entre 175 et 225 après J.-C.
Panneau de mosaïque : marbre et calcaire. H. 92 cm ; l. 92 cm
Vienne (Isère)
Découvert en 1881 lors des travaux de fondation d’un immeuble
rue Peyron à Vienne ; conservé sur place jusqu’à la mise en vente
Acquis en vente publique à Paris, hôtel Drouot, maison de vente
Pierre Bergé et associés, le 5 décembre 2010
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
(MNE 1339)

Bibliographie

Lancha (J.), Recueil général des mosaïques de la Gaule. III. Province de Narbonnaise. 2. Vienne, Paris, CNRS, 1981, no 245, p. 44-47, pl. VII et VIII.

 

 

English Version

The Museum has recently acquired a remarkable set of three mosaics from an ancient domus in Vienne (south-eastern France), which were excavated in 1881 during building foundation works. They remained in the building under which they were discovered until they were put up for auction in 2010.

The mosaic pavings belonged to a pavement comprised of chequering inside square borders—a composition that is very common in the mosaics of Vienne: the first represents Meleager’s boar hunt; the second shows a pair of ducks swimming; and on the third there is a male bust wearing a crown of ivy. These three themes, with the exception of the duck, are not common in Vienne.

A large number of mosaics attesting to the intense activity of the workshops have been found in Vienne, which was located at the northern border of Narbonensis. Partially influenced by the Italic workshops, the mosaics are characterised by the variety of the techniques, the establishment of a repertoire of framing outlines, a rich vegetal repertoire, figurative mosaics (most often depicting mythological subjects), and, finally, black and white decorative mosaics.

The subjects and compositions of the three mosaic pavings, which date from between 175 and 225 ad, are typical of the mosaics produced in the workshops of Vienne.

Since 1840, a large collection of mosaics from the Roman period— mainly from North Africa and the Near East—has been built up in the department. This acquisition will enable the Museum to exhibit a set of mosaics that are characteristic of the production in a Gallo-Roman workshop.

 

 

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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