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Une restauration inédite de tapisserie par nettoyage enzymatique

Programme suivi par Agnès Bos
Études et analyses : Sylvie Forestier et Nathalie Balcar (C2RMF), Dominique de Reyer (LRMH)
Restauration : Sylvie Forestier, assistée de Cécilia Aguirre et Tahlia Bajon-Bouzid

La tapisserie de l’Adoration des Mages est entrée dans les collections du musée du Louvre grâce au legs de Charles Rochard en 1896, collectionneur qui l’avait acquise à la vente de la collection Spitzer deux ans auparavant. De dimensions modestes et particulièrement riche par la présence de nombreux fils métalliques, cette tapisserie devait servir à la dévotion d’un particulier ou comme retable dans une chapelle. Ce format qui la rapproche d’un tableau avait justement conduit l’un de ses propriétaires anciens (Spitzer ?) à la faire tendre sur un châssis.

Le prêt de la tapisserie pour l’exposition « L’Enfant dans les collections du musée du Louvre », présentée à Tokyo, au National Art Center, de mars à juin 2009, puis à Osaka, au National Museum of Art, de juin à septembre 2009, sous le commissariat de Guillemette Andreu-Lanoë, a été l’occasion d’enlever le châssis qui provoquait des tensions nuisibles et d’envisager sa restauration, confiée à la restauratrice de textiles Sylvie Forestier. La dépose du châssis puis de la doublure qui se trouvait entre celui-ci et la tapisserie a révélé la présence d’un badigeon de colle, mélange de colle de peau et de colle d’amidon (analyse par Nathalie Balcar). Ce type d’adhésif ne peut être ôté de façon satisfaisante ni mécaniquement (au scalpel) ni par un nettoyage classique comme il est habituellement pratiqué sur les tapisseries. Depuis quelques décennies, le recours à un traitement enzymatique est privilégié par certains restaurateurs textiles dans des cas de figure comme celui-ci et permet d’obtenir des résultats satisfaisants. Dans la littérature sur le sujet, il n’existe pas de mention d’un tel traitement appliqué à une tapisserie à fils métalliques, car les spécialistes considèrent que l’action des enzymes est susceptible d’être inhibée par ces éléments métalliques. L’année 2009 a donc été consacrée à une étude approfondie par Sylvie Forestier de la faisabilité d’un nettoyage enzymatique de la tapisserie. Outre la question des fils métalliques, il convenait également de tester au préalable la stabilité des colorants en bain et l’ampleur des risques de dégorgement le cas échéant. Cette étude fut complétée par une analyse des fils métalliques au microscope électronique à balayage couplé à une micro-sonde EDS, effectuée par Dominique de Reyer.

L’étude détaillée menée par Sylvie Forestier a conclu à la possibilité de procéder à un tel traitement et a permis de mettre en place un protocole précis, à partir d’un test effectué sur une petite partie de la tapisserie. L’enzyme utilisée est l’a-amylase, catalyseur spécifique de l’amidon, qui est activée en milieu aqueux, dans des conditions de pH et de température précises et soigneusement contrôlées. L’adoption d’un tampon phosphate permet d’éviter les chutes de pH au moment de la mise en bain de la tapisserie, dont le badigeon est acide. Après validation de la proposition de traitement par la commission de restauration du musée du Louvre en janvier 2010, il fallut procéder à la construction d’un bac de lavage adapté aux dimensions de la tapisserie. Après d’ultimes tests, le bain eut lieu en juillet 2010, au sein de l’atelier de restauration des textiles du C2RMF, sous la direction d’Agnès Mathieu-Daudé et Roberta Cortopassi, conservateurs de la filière arts décoratifs. Sylvie Forestier était assistée de deux autres restauratrices textiles, Cécilia Aguirre et Tahlia Bajon-Bouzid, afin de pouvoir effectuer l’ensemble des opérations de lavage et de séchage dans une seule journée.

Le résultat de cette opération a dépassé les espérances. Non seulement le badigeon de colle a presque entièrement disparu – l’objectif premier était donc atteint –, mais les fils métalliques, noircis par la sulfuration, ont retrouvé un éclat remarquable qui rend à la tapisserie sa splendeur d’origine. Enfin, la restauration s’est poursuivie par les consolidations nécessaires et par la pose d’une doublure adaptée.

Au caractère exceptionnel de cette restauration, qui semble être une première en France, une autre découverte s’est ajoutée. Lors de la dépose du châssis et de la doublure ancienne, le galon moderne a également été ôté. Cette opération a révélé la présence, sur la lisière ancienne, de la marque Brabant Bruxelles et du monogramme du licier, FG, attribué traditionnellement à Frans Geubels, entrepreneur bruxellois très important dans les années 1560-1585. Cette découverte permet d’envisager de façon sérieuse une étude approfondie de cette oeuvre qui n’a jusqu’ici jamais attiré l’attention des historiens spécialistes de la tapisserie, en dépit de ses qualités aussi bien techniques qu’esthétiques. Un article à paraître dans La Revue des musées de France. Revue du Louvre est en préparation, en collaboration avec Agnès Mathieu- Daudé et Sylvie Forestier, et la tapisserie fera également l’objet d’une présentation à l’auditorium du Louvre pour une « OEuvre en scène » à l’automne 2011. Cela permettra, nous l’espérons, de faire connaître largement ce chef-d’oeuvre de la tapisserie flamande de la Renaissance.

A. Bos

L’Adoration des Mages
Bruxelles, vers 1570
Tapisserie. H. 1,40 m ; l. 1,75 m
Ancienne collection Spitzer ; legs Charles Rochard, 1896
Département des Objets d’art (OA 5942)

English Version

The loan of this tapestry for the exhibition “L’enfant dans les collections du musée du Louvre” (Children in the Musée du Louvre collections; Tokyo and Osaka, 2009) provided the opportunity to remove it from the stretcher— which was causing unwanted tension— and to perform restoration work on the tapestry. Once the stretcher and the lining were removed, the fabric’s back revealed the presence of an adhesive distemper— a blend of animal skin glue and starch glue (analysis by Nathalie Balcar, C2RMF, the Centre for Research and Restoration of the Museums of France). In 2009, a detailed examination of the work was carried out by Sylvie Forestier to decide on the feasibility of enzymic cleaning. The stability of the dyes was also tested, to assess the risks of the colours running. Meanwhile the metal threads were studied under a electron microscope equipped with an energy dispersive spectrometer (SEM/EDS), carried out by Dominique de Reyer (LRMH).

The outcome exceeded all expectations: the adhesive distemper was almost completely removed and, above all, the metal threads, blackened by sulphurisation, are now remarkably shiny, which has restored the tapestry to its original splendour. Moreover, when the later border was detached along with the canvas-stretcher, the original edge of the material revealed the mark of Brabant Bruxelles and the monogram of the tapestry maker, FG, traditionally attributed to Frans Geubels, a major entrepreneur in Brussels from 1560 to 1585.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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