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Accueil>Expositions & Actualités>Conférences et colloques>L’Arabie à la veille de l’Islam. Les correctifs apportés par les...

par Christian Robin, Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales de Sanaa (CEFAS, Yémen)

La découverte des textes anciens au Yémen et en Arabie saoudite éclaire d’un nouveau jour l’histoire antique de la péninsule arabique et des régions avoisinantes.

L'exploration archéologique de l'Arabie a été entreprise au 18e siècle pour retrouver la trace des patriarches de la Bible ou celle de Muhammad, le prophète de l'Islam. Quand les recherches ont été interrompues par la guerre de 1914-1918, son bilan ne répondait guère à ces attentes : des civilisations antiques remarquables avaient sans doute été découvertes dans le Hijâz et au Yémen, mais rien de significatif pour les biblistes et les islamisants qui, dès lors, se sont désintéressés de l'archéologie du berceau de l'Islam.

C'est seulement dans les années 1970 que l'archéologie prend véritablement son essor avec la création d'administrations et de départements universitaires spécialisés. Les nouvelles investigations qui ont identifié un nombre élevé de sites archéologiques et inventorié d'innombrables documents écrits n'ont pas découvert davantage de vestiges remontant à Muḥammad et à ses successeurs immédiats, mais les données qui se rapportent à la période des 4e-6e siècles de l'ère chrétienne esquissent une image de l’Arabie radicalement différente de celle qu'avaient élaborée les savants de l’Islam classique et endossée les chercheurs modernes.
Cette image traditionnelle était celle d'un monde anarchique, violent et misérable. Les exploits des seigneurs de la guerre et l'éloquence des anciens poètes ne pesaient guère en regard de la misère matérielle, intellectuelle et spirituelle. Jusqu'à la jeunesse de Muhammad, l'usage de l'écriture aurait été pratiquement inconnu et c'était oralement que se transmettaient les savoirs, les poèmes et la sagesse ancestraux ; les rites superstitieux les plus grossiers prévalaient encore un peu partout.
Les vestiges archéologiques et les nombreux textes épigraphiques récemment découverts corrigent fortement ces vues traditionnelles. Pendant les derniers siècles précédant l'hégire de Muḥammad, la péninsule est dominée par les rois de Ḥimyar. Ce royaume, longtemps confiné au Yémen, domine toute la péninsule à partir du 4e siècle. La religion prépondérante est d'abord le judaïsme pendant près de 150 ans, puis le christianisme pendant 50 ans ; le polythéisme a disparu presque complètement dès le 4e siècle. L'usage de l'écriture, très répandu à époque ancienne, décline sans doute dans le nord de la péninsule, mais reste vivace dans le sud.
La comparaison entre les données de l'archéologie et celles de la tradition savante conduit à la conclusion que les savants de l'Islam ne savaient plus grand-chose du passé. Les données à leur disposition ne permettaient pas de reconstruire une image fiable de l'histoire préislamique (contrairement à ce que croyait encore au 19e siècle, le français Armand Pierre Caussin de Perceval dans son savant Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, pendant l'époque de Mahomet, et jusqu'à la réduction de toutes les tribus sous la loi musulmane, trois tomes,1847-1848). Mais cela ne signifie nullement que la tradition savante arabo-musulmane doive être systématiquement écartée comme le prétendent de nombreux chercheurs contemporains. Les réminiscences sur les décennies précédant la carrière publique de Muḥammad sont souvent assez fiables comme le montrent  la grande église que le roi Abraha a fait construire à Sanaa (sa capitale au Yémen) ou l'éléphant qui accompagnait le roi dans ses déplacements.

Christian Julien Robin, Directeur de recherche honoraire au CNRS, est un historien, spécialiste des langues et des civilisations de l'Arabie et de l'Éthiopie anciennes. Après des études à l'Institut d'Études politiques de Paris (Service public), aux Langues Orientales (arabe) et à la Sorbonne (histoire), il a fait toute sa carrière au Centre national de la Recherche scientifique à Paris et à Aix-en-Provence.
Il a dirigé plusieurs laboratoires de Sciences humaines et sociales à Aix-en-Provence (1996-2000) et à Paris (2001-2011). Il a créé la mission archéologique au Yémen-Nord en 1978 et a fondé le Centre français d'Études yéménites en 1982. Ses recherches de terrain ont porté sur le Yémen antique de 1972 à 2008, puis sur les vestiges de la région de Najrān en Arabie saʿūdite, depuis 2006.
Membre de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) depuis 2005, il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles spécialisés, notamment le volume consacré à la collection des antiquités arabiques du Louvre (en collaboration avec Yves Calvet).
 

 

Informations pratiques

Lieu
Auditorium du Louvre, sous la pyramide

Tarif D
8 €, plein
6 €, réduit
4 €, jeune (- de 26 ans) ; solidarité ; scolaire

Gratuit
- Adhérents Amis du Louvre Jeune ;
- Etudiants en art, histoire de l’art et architecture ;
- Personnel du ministère de la Culture et de la Communication ;
- Membres du Conseil International des Musées (ICOM).

Entrée libre dans la demi-heure précédant la manifestation, sur présentation d’un justificatif

Caisse de l’auditorium
Du lundi au dimanche (sauf le mardi) de 9h à 17h15, et les mercredis et vendredis jusqu’à 19h15.
Par téléphone 01 40 20 55 00
du lundi au vendredi (sauf mardi) de 11h à 17h, uniquement par carte bancaire.

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