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Accueil>Expositions & Actualités>Conférences et colloques>Le burin comme fil d’Ariane

Hommage à Cécile Reims, artiste graveur
Jean-Gerald Castex, conservateur au département des Arts graphiques et Matthieu Chatellier, cinéaste et réalisateur

En présence de Cécile Reims (sous réserve)

Projection
La leçon de gravure  (15 minutes), bonus du film Voir ce que devient l’ombre, réalisé par Matthieu Chatellier (2010).

Cécile Reims, d’origine juive et lituanienne, émigrée en France dans les années 30, toute sa vie durant a pratiqué la gravure de création et d’interprétation comme moyen d’expression privilégié. Cette rencontre – enrichie d’extraits de film - souhaite lui rendre hommage …

« … et le hasard auquel j’ai fait confiance chaque fois qu’il est intervenu. Il m’a, en premier lieu, fait rencontrer un buriniste : Joseph Hecht.
Tout en restant fidèle à cet outil exigeant (auquel plus tardivement j’adjoignis la pointe sèche) je le détournai de son usage conventionnel.
Mais les circonstances intervenant, je suivis d’autres chemins.
Je croyais avoir définitivement abandonné la gravure quand une succession de hasards me fit devenir la « main » de Bellmer, alors à l’apogée de sa notoriété. Je découvris que sans cesser d’être moi-même, tel l’acteur qui interprète différents rôles, je pouvais devenir un autre et non pas copier un dessin mais le faire vivre en une gravure.
Pour cela, il me fallut être inventive quant à la technique et lorsque plus tard, je revins à une gravure personnelle (sans avoir, précédemment, souffert de la clandestinité) ce fut avec un vocabulaire beaucoup plus étendu.
J’ai été ainsi – avec bonheur ! – quelques « autres », plus officiellement et avec plus de liberté en traduisant en gravures les dessins de Fred Deux, mon compagnon.
Autre particularité de mon singulier itinéraire : je n’ai jamais possédé de presse. Je parachevais mes gravures (l’ébarbage) chez le taille-doucier, le même de père en fils (atelier Moret) depuis … 1949.
Je ne grave plus. C’est un manque. Mais je le préfère au risque de rétrograder.
D’autant qu’au soir de ma vie il me semble avoir fait ce que j’étais en mesure de faire d’elle.» (Cécile Reims)

« Dès l’enfance, en Lituanie, puis à Paris, Jérusalem ou Barcelone, Cécile Reims (1927) dessine le monde qui l’entoure. Juive, clandestine pendant la guerre, puis sauvée d’une grave tuberculose, Cécile Reims se sent le devoir de donner un sens à cette vie de rescapée et « entre en art », comme on entre en religion.
Sa rencontre avec le graveur Joseph Hecht, en 1945, lui fait découvrir le burin, instrument exigeant qui devient son moyen d’expression privilégié. Dans ces premières années naissent les mystérieuses séries Visages d’Espagne, Métamorphoses et Bestiaire de la mort. Mais, afin de soutenir la vocation d’artiste et le travail de Fred Deux (né en 1924), qu’elle rencontre en 1951, l’engagement de Cécile Reims dans la cause artistique prend une autre forme : elle se détache de son propre travail créateur pour devenir graveur d’interprétation, reportant en gravure le dessin d’un autre artiste. Elle remplit ce rôle de praticien avec un certain bonheur et un immense talent, et collabore secrètement à l’œuvre gravé de nombreux artistes de la veine surréaliste, dont Hans Bellmer de 1966 à 1975, Salvador Dalí de 1969 à 1988, Fred Deux de 1970 à 2008, ou Leonor Fini de 1972 à 1995.
Alors que s’insinue en Cécile Reims le manque de s’exprimer en son propre nom, ses pas la guident un jour vers le Museum d’histoire naturelle, et ce sont les planches d’un Traité anatomique de la chenille qui ronge le bois de saule qui forcent un passage, « un accès à elle-même ». Elle grave à son tour la dissection de cet insecte, et l’album La Chenille consacre, en 1986, sa sortie d’une certaine clandestinité, à laquelle met fin définitivement l’importante rétrospective que lui consacre en 2004 la Bibliothèque nationale de France.
Nourrie par l’observation de la nature, des êtres, des paysages qui l’entourent ou des reproductions de terres d’ailleurs, Cécile Reims, à travers nombre de suites et séries fondées sur un questionnement anthropocentrique, offre une libre projection de ses questionnements intérieurs, révèle un sens caché des apparences et cherche à mettre en images ce qui lie l’ensemble de la création. »
(Extrait de la biographie publiée dans le catalogue raisonné : Cécile Reims – L’œuvre gravé 1945-2011, édition Musée Jenisch Vevey, 2011).

Bibliographie :
L’épure, Julliard, 1963 ; réédition André Dimanche, 2000 
Bagages perdus, André Dimanche, 1986
Plus tard, André Dimanche, 2002
Peut-être, Éditions Le temps qu’il fait, 2010
Tout ça n’a pas d’importance,  Éditions Le temps qu’il fait, 2014
L’embouchure du temps, Éditions Le temps qu’il fait, 2017
Bagages perdus, Éditions Le temps qu’il fait, 2018

Publications :
Cécile Reims, graveur, Bernard Gheerbrant, Maxime Préaud, Paris, Éditions Cercle d’art, 2000
Cécile Reims, graveur et interprète de Hans Bellmer et de Fred Deux, Préface de Jean-Noël Jeanneney, textes de Pierre Watt, Maxime Préaud et Pascal Torres Guardiola, édition Bibliothèque nationale de France, 2004
Cécile Reims grave Hans Bellmer, P. Quignard, Paris, Éditions Cercle d’art, 2006
Cécile Reims, l’œuvre gravé 1945-2011, catalogue raisonné, avant-propos de Dominique, Radrizzani, textes de Lauren Laz, Laurence Schmidlin, Lydie Schmutz, Laure Beaumont-Maillet, Rainer Michael Mason, Emmanuel Pernoud, Cécile Reims et Pierre Watt, édition Musée Jenisch Vevey, 2011

Une exposition autour de la vie et de l’œuvre de Cécile Reims, accompagnée d’un catalogue, sera présentée au Château d’Ars (Cécile Reims, l’ombre portante, 1er juin -15 septembre 2019).

Jean-Gérald Castex est conservateur du patrimoine au Département des Arts graphiques au musée du Louvre où il est, depuis 2015, en charge des collections de la Chalcographie du Louvre et du fonds d’estampes du Cabinet des dessins, distinct de la collection Edmond de Rothschild. Docteur en histoire de l’art de l’université Paris X-Nanterre, il est l’auteur de plusieurs articles sur la gravure française des XVIIe et XVIIIe siècles. Il prépare actuellement une exposition sur les collections patrimoniales de la Chalcographie du Louvre qui débutera en février prochain au musée du Louvre.

Matthieu Chatellier est cinéaste. Issu de l’École Louis Lumière, son premier film (G)rêve général(e) (2008), co-réalisé avec Daniela de Felice, décrit la lutte d’étudiants bloquant leur université. En 2010, prolongeant l’exploration de ses thèmes de prédilection : l’intimité et le huis-clos, il réalise Voir ce que devient l’ombre où il est question de sa rencontre avec les deux artistes Cécile Reims et Fred Deux. En 2011, Matthieu Chatellier signe Doux amer. Journal intime d’un homme soudain entravé par la maladie. Puis, il réalise Sauf ici, peut-être (2013) : immersion au sein d’une petite communauté Emmaüs en lisière d’un bois. Son dernier film La mécanique des corps (2016) décrit avec délicatesse et retenue l’acceptation de l’hybridation du corps chez des personnes amputées. Ses films ont été sélectionnés et primés dans les plus grands festivals internationaux (Cinéma du Réel au Centre Pompidou, Visions du Réel, prix SCAM « Œuvre de l’année », Étoile de la SCAM...).

Cycle(s) : Découvrir … les Arts graphiques Le geste et la matière

Informations pratiques

Lieu
Auditorium du Louvre, sous la pyramide

Tarif D 
8 €, plein
6 €, réduit
4 €, jeune (- de 26 ans) ; solidarité ; scolaire

Gratuit
- Adhérents Amis du Louvre Jeune ;
- Etudiants en art, histoire de l’art et architecture ;
- Personnel du ministère de la Culture et de la Communication ;
- Membres du Conseil International des Musées (ICOM)
- Adhérents Carte Louvre Professionnels.
Entrée libre dans la demi-heure précédant la manifestation, sur présentation d’un justificatif

Caisse de l’auditorium
Du lundi au dimanche (sauf le mardi) de 9h à 17h15, et les mercredis et vendredis jusqu’à 19h15.
Par téléphone 01 40 20 55 00
du lundi au vendredi (sauf mardi) de 11h à 17h, uniquement par carte bancaire.

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