Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Œuvres & Palais>Collections et départements>Portrait du Grand Pompée (106-48 av. J.-C.)

Œuvre Portrait du Grand Pompée (106-48 av. J.-C.)

Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines : Art romain

Portrait du Grand Pompée (106-48 av. J.-C.)

© Musée du Louvre, dist. RMN / Stéphane Maréchalle

Antiquités grecques, étrusques et romaines
Art romain

Auteur(s) :
Daniel Roger

Depuis 1949, circulaient dans le milieu des historiens de l’art deux photographies, d’assez piètre qualité, d’un portrait de Pompée fugitivement repéré sur le marché de l’art italien. Bien que disparu, il fit l’objet d’âpres débats chez les spécialistes du portrait républicain. Retrouvé en 2016, l’objet a rejoint les collections du musée en 2017, grâce à la générosité de la Société des Amis du Louvre.

Une nouvelle image du Grand Pompée

Aussi innombrables qu’aient pu être les statues dressées en l’honneur de Pompée au fait de sa gloire, aucun portrait fabriqué de son vivant ne nous est parvenu. Sa physionomie est cependant bien connue.
Dès 1882, Johan Jakob Bernoulli propose d’attribuer à Pompée un prétendu portrait de Trajan de la collection Grimani à Venise, par comparaison avec des monnaies frappées par les fils de Pompée. En 1886, Wolfgang Helbig étudie une tête découverte dans le tombeau des Licinii Crassi, mis au jour à partir de 1884-1885 sur la via Salaria à Rome. Helbig l’identifie à Pompée également par comparaison avec des monnaies posthumes. Cette tête est aujourd’hui à la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague.
Aucun de ces deux portraits n'est sculpté à l'époque de Pompée. Celui de Venise est considéré comme une réalisation de l'époque d'Auguste (empereur de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.), tandis que l’exemplaire de Copenhague est daté, selon les auteurs, entre la fin du règne d’Auguste et l’époque de Claude (empereur de 41 à 54 ap. J.-C.).
Malgré l'existence d'autres portraits en ronde bosse attribués au Grand Pompée, en terre cuite, en bronze ou en marbre, seuls ceux de Venise et de Copenhague faisaient jusqu’à aujourd'hui l'unanimité à la fois sur la question de l'identification et celle de l'authenticité.

Un second Alexandre

Fils d’une famille italienne d’ordre équestre, Pompée fait ses premières armes au côté de Sylla, qui l’honore du surnom de Magnus, le Grand, lors de la guerre civile contre Marius. En 79 av. J.-C., après avoir combattu en Libye, il connaît son premier triomphe, à 27 ans. Il triomphe de nouveau en 70, après des campagnes en Espagne. En 61, son troisième triomphe, grandiose, consacre ses victoires contre les pirates qui infestaient la Méditerranée et contre le roi du Pont, Mithridate. Ayant triomphé sur les trois continents, après avoir ajouté deux provinces à l’empire de Rome, Pompée-le-Grand paraît avoir soumis le monde entier.
En 55, il entame un deuxième consulat et inaugure un des plus vastes édifices de spectacle que connaît Rome : un théâtre sur le Champ de Mars, qui ouvre sur un immense portique décoré d’œuvres d’art. Allié à Crassus et à César lors du triumvirat de 60 av. J.-C., il s’oppose au vainqueur des Gaules à partir de 50 et prend la défense du parti sénatorial et des institutions républicaines.
Ses armées sont défaites en 48 av. J.-C. à la bataille de Pharsale, en Thessalie. Cherchant refuge chez son allié égyptien, Pompée est assassiné sur ordre de ce dernier alors qu’il débarque sur le rivage de Péluse.

Le portrait le plus fidèle ?

La datation du prototype, de l'Urbild, auquel se rattachent les portraits conservés de Pompée s’avère épineuse. Le portrait de Venise, aux traits jugés juvéniles, a été attribué à une image de Pompée créée à l'occasion de son triomphe asiatique de 61 av. J.-C., voire de son triomphe sur l'Espagne de 70 av. J.-C. et peut-être de l'érection d’une statue équestre sur les rostres, où il figurait à côté de Sylla. Mais en 2007, Klaus Junker remet cette attribution en cause : il montre que le portrait de Venise partage assez de traits communs avec les portraits d'Octave pour être envisagés beaucoup plus tard – peut-être lorsque Octave replace le portrait de Pompée sur les nouveaux rostres impériaux.
Quant au portrait de Copenhague, le plus proche du nouveau portrait du Louvre, il est généralement considéré comme la copie du dernier type produit du vivant de Pompée, celui que ses fils Cnaeus et Sextus privilégient car il leur donne la légitimité politique du dernier défenseur de la République face à César et son héritier Octave. Il s’agit vraisemblablement de la statue qui se dressait dans la curie du théâtre inauguré en 55 av. J.-C. Or le portrait de Copenhague donne de Pompée une image ambigüe : certes il s’inspire, notamment par la coiffure, des images du conquérant Alexandre le Grand, mais le bas du visage, lourd et peu expressif, lui donne une allure paterne, tranquille, presque bourgeoise.
La comparaison avec les monnaies frappées par les fils de Pompée montre que ces dernières et le portrait du Louvre partagent de si étroites similitudes qu’ils s’inspirent nécessairement du même prototype. Certains détails, comme le traitement de la chevelure, montrent que le portrait du Louvre copie de très près un original en bronze, sans doute celui qui se trouvait dans le complexe théâtral du Champ de Mars. Il est donc notre meilleure image conservée de Pompée au sommet de sa gloire : on trouve bien là, en effet, l’expression d’une individualité vive, alerte, maîtresse d’elle-même et en même temps bienveillante. Ces qualités sont celles que Cicéron, Plutarque ou Velleius Paterculus attribuent justement au grand homme. Elles ont été sculptées dans la pierre par un artiste de tradition grecque, à l'évidence, qui a restitué dans un marbre rare et précieux une personnalité puissante, un regard envoûtant et une expression subtile grâce à un modelé très sensible et un art consommé de la plastique.

Bibliographie

JUNKER, K., « Die Porträts des Pompeius Magnus und die mimetische Option », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Römische Abteilung, n°113, 2007, p. 69-94.
ROGER, D., « Le Grand Pompée entre au Louvre », Grande Galerie, juin-juillet-août, 2017, n° 40, p. 16.
TRUNK, M., « Studien zur Ikonographie des Pompeius Magnus - die numismatischen und glyptischen Quellen », Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts. Ergänzungsheft, n° 123, 2008, p. 101 170.

Cartel

  • Portrait du Grand Pompée (106-48 av. J.-C.)

    Entre 40 et 20 av. J.-C. d’après un modèle conçu vers 55 av. J.-C.

  • Marbre d’Anatolie

    H : 36 cm ; l : 23 cm.

  • Don des Amis du Louvre en 2017

    MNE 1380 (n° usuel Ma 6196)

  • Antiquités grecques, étrusques et romaines

    Aile Denon
    Rez-de-chaussée
    Salle 22

Informations pratiques

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
Nocturne gratuite le premier samedi du mois
de 18h à 21h45

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre 2019

Information in other languages

Entrez au musée en moins de 30 minutes
en achetant votre billet en ligne :

Achetez votre billet