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Roméo et Juliette au tombeau des Capulets, Eugène Delacroix

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

Musée national Eugène-Delacroix

Auteur(s) :
Catherine Adam

L’intensité de la scène qui se déroule dans la pénombre résulte de l’effet puissant du drapé, grande tache centrale d’une blancheur spectrale qui semble évoquer un linceul. L’effet théâtral est accentué par l’incongruité de cette grande cheminée dans un caveau familial, sans doute vestige d’un décor de scène, ainsi que par l’éclairage qui met en valeur les deux amants.


Delacroix, le plus légitime des fils de Shakespeare

 

En grand lecteur, Delacroix voua un véritable culte à Shakespeare qu’il place parmi les « cinq ou six écrivains qui ont suffi au besoin et à l’aliment de la pensée ». Cependant Roméo et Juliette ne fut pas la pièce qui l’inspira le plus, -on ne lui connaît qu’un lavis (Paris, musée du Louvre) et deux toiles peintes sur ce sujet, Les Adieux de Roméo et Juliette (collection particulière) et Roméo et Juliette devant le tombeau des Capulets (musée Eugène Delacroix), toutes les deux réalisées pour la même famille de riches banquiers protestants, les Delessert.


Les sources de l’œuvre

 

C’est seulement à partir de 1854, le 23 juillet précisément, que l’on trouve dans les écrits de Delacroix la première allusion à un sujet tiré de l’histoire des amants de Vérone avec cette formulation lapidaire : « Les parents dans la chambre. Juliette crue morte », et c’est peut-être à cette période qu’il faut dater le tableau du musée Eugène Delacroix. A la date du 22 décembre 1856, la scène « de la fille sur le lit qu’on croit morte » apparaît à nouveau sous sa plume. Le 23 mai 1858, le peintre revient sur cette idée et inclut la scène de « Roméo au tombeau de Juliette » parmi une liste qu’il dresse des sujets potentiels à réaliser. Enfin, le 31 décembre 1860, Delacroix note dans une nouvelle liste très précise qu’il dresse des sujets à traiter « Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau. –Autrement : il la tire du monument comme dans le petit tableau ».

Comme tous les jeunes artistes de sa génération, Delacroix avait été profondément impressionné par la troupe anglaise venue jouer à Paris en septembre 1827 et notamment par l’interprétation de Charles Kemble et d’Harriett Smithson dans les rôles de Roméo et de Juliette. Une lithographie réalisée par François-Antoine Conscience Francis (1795-1840) en restitue le souvenir et il faut souligner certaines similitudes avec la toile de Delacroix. Le peintre a-t-il décidé, près de vingt-sept ans plus tard, en regardant cette estampe, de traiter cette scène qui l’avait marqué dans sa jeunesse ?


Le choix d’un moment poignant

 

Comme le lithographe, Delacroix a choisi d’illustrer la scène 3 de l’acte V, le moment où Roméo, ayant appris la mort de sa bien-aimée entre dans le tombeau des Capulets et tient dans ses bras le corps inanimé de Juliette qu’il croit morte. De désespoir, il se tue. La jeune fille, qui avait avalé une potion pour se faire passer pour morte de manière à éviter d’épouser le comte Pâris, alors se réveille et, s’apercevant de la terrible méprise, se poignarde à son tour. C’est un des moments les plus poignants de la pièce et si l’on en croit les témoignages des contemporains, ce sont ces scènes tragiques où les comédiens anglais excellaient le plus et qui ont tant impressionnées la jeune génération des romantiques qui s’est bousculée aux portes du théâtre de l’Odéon pendant l’automne 1827.

Enfin, il faut citer les quelques lignes de Théophile Gautier, dans son article sur Delacroix publié dans le Moniteur le 22 juillet à l’occasion de l’Exposition universelle de 1855 où après avoir stipulé qu’il n’y a pas traducteur plus intelligent de Shakespeare que Delacroix, il déclare : « Juliette au tombeau est aussi une petite toile, mais beaucoup plus finie que la précédente [les Adieux citée plus haut] ; l’étonnement du sépulcre se lit dans le regard fixe et la blancheur exsangue de la ressuscitée qui, hélas ! va bientôt se rendormir du sommeil éternel sur le corps de Roméo. »

Bibliographie

- DELACROIX Eugène. Correspondance générale, éd. André Joubin, Paris, Plon, 1935-1938, t. III, p. 415 et 419.
- JOHNSON Lee, The Paintings of Eugène Delacroix. A Critical Catalogue, Oxford, Clarendon Press, 1981, t. III, n°L150.
- JOHNSON Lee, Eugène Delacroix. Further Correspondence. 1817-1863, Oxford, Clarendon Press, 1991, p. 59 et 149.
- HANNOOSH Michèle éd., Eugène Delacroix. Journal, Paris, José Corti, 2009, t. I, p. 796, 1051, t. II, p. 1242, 1375-1376.

Cartel

  • Eugène DELACROIX (Charenton-Saint-Maurice, 1798 - Paris, 1863)

    Roméo et Juliette au tombeau des Capulets

  • Huile sur papier marouflé sur toile

  • Achat

    MD 2008-3

  • Musée national Eugène-Delacroix

Informations pratiques

Adresse :
Musée national Eugène Delacroix
6 rue de Furstenberg
75 006 Paris
Tél. : 00 33 (0)1 44 41 86 50
Fax : 00 33 (0)1 43 54 36 70

Accès :
Métro : Saint-Germain-des-Prés (ligne 4), Mabillon (ligne 10)
Bus : 39, 63, 70, 86, 95, 96
Parcs de stationnement : rue des Saints-Pères (face à la faculté de médecine) carrefour Saint-Germain-des-Prés/ rue de Rennes
Taxis : carrefour Saint-Germain-des-Prés/ rue de Rennes

Horaires :
Le musée est ouvert tous les jours, sauf les mardis, de 9h30 à 17h00 (fermeture des caisses à 16h30).

Jours de fermeture :
Fermé les jours fériers suivants : le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.