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Œuvre Ulysse remet Chryséis à son père, dit aussi Marine, soleil couchant

Département des Peintures : Peinture française

Ulysse remet Chryséis à son père

© Musée du Louvre, dist. RMN / Angèle Dequier

Peintures
Peinture française

Auteur(s) :
Danièle Kriser

Le Liber Veritatis, carnet de croquis annoté de Claude Lorrain, commencé en 1635-36, dans lequel celui-ci reproduisait les tableaux qu’il avait peints, nous donne au numéro 80 le sujet, la date, le commanditaire de ce tableau, « Ulysse remet Chryséis à son père » (vers 1644) et de son pendant, « Paysage avec Pâris et Oenone, dit Le Gué » (1648, Paris, musée du Louvre).
Les sujets, qui n’avaient peut-être pas été choisis par le duc de Liancourt, renvoient tous deux à la guerre de Troie et aux effets de la passion, en opposant architecture portuaire et décor pastoral.
Selon une ancienne description de sa collection, Roger du Plessis de Liancourt (1598-1674), collectionneur et notable français, s’intéressait notamment aux peintres italiens et au paysage. Cependant, il n’est jamais allé à Rome et ce serait François du Val marquis de Fontenay-Mareuil, l’ambassadeur du roi de France à Rome et un des commanditaires de Claude, qui aurait servi d’intermédiaire.
Liancourt aurait fait vœu de vendre sa collection si son épouse recouvrait la santé ; il tiendra sa promesse et les deux œuvres seront acquises par le duc de Richelieu, qui les cèdera à son tour au roi, après avoir été gagées lors d’une partie de jeu de paume en 1665.


« Maintenant, lançons un bateau noir sur la mer étincelante » (Iliade, I, 141-143)
 

Le sujet est tiré de l’Iliade d’Homère (livre I).
Il s’agit du retour dans sa patrie de la belle Troyenne Chryséis, prisonnière des Grecs.
Depuis neuf ans les Achéens assiégeaient Troie ; leur chef Agamemnon gardait prisonnière Chryséis, la fille de Chrysès prêtre troyen d'Apollon, qui lui avait été donnée comme concubine.
Chrysès vint trouver Agamemnon, chargé de présents splendides, pour lui demander la libération de sa fille. Il essuya un refus, mais ses prières à Apollon déclenchèrent une épidémie de peste sur le camp des Grecs.
Agamemnon rendit donc Chryséis et charge Ulysse de le faire en lui donnant un navire noir. Mais il exigea qu'Achille lui donnât en échange sa propre captive, Briséis. Achille, en proie à une violente colère, se retira sous sa tente en refusant le combat et invoqua sa mère, la déesse Thétis, qui obtint de Zeus la promesse de venger Achille en donnant la victoire aux Troyens, tant que les Grecs n’auraient pas donné satisfaction à Achille.
Achille accepta seulement que son ami Patrocle attaque les Troyens, vêtu de ses propres armes ; c’est en affrontant Hector que Patrocle trouva la mort.

Œuvre liée: Claude Lorrain, Paysage avec Pâris et Oenone, pendant du tableau, fourni en 1648 au collectionneur Roger du Plessis de Liancourt

« J’ai longtemps habité sous de vastes portiques. Que les soleils marins teignaient de mille feux », Baudelaire, « La vie antérieure », Les Fleurs du Mal (1857)
 

Le premier plan s’apparente à une scène de genre dans un port : personnages en conversation traitant d’affaires, certains vêtus à l’orientale, ballots de marchandises et bétail débarqués au port ; le texte ancien mentionne en effet les bœufs ornés de bandelettes lors des sacrifices faits à Apollon pour apaiser la colère du dieu.
Le « bateau noir » de l’Iliade sur lequel Ulysse a amené Chryséis, arrêté dans le port près du temple d’Apollon, est le véritable protagoniste de la scène. Audacieusement installé au centre même de la composition, mâts dressés, il se détache à contre-jour sur le soleil qu’il cache, et les lignes de fuite des architectures convergent sur lui. Il reprend directement les vers d’Homère.
Le sujet éponyme du tableau se déroule au second plan, presque inaperçu d’abord tant il est petit, soulignant le gigantisme du monde qui s'ouvre avec la mer : sur les marches du palais (péristyle d’un temple d’ordre ionique ou villa romaine?) à gauche, orné des statues de Diane et Apollon, auquel conduit un large escalier, le grand-prêtre Chrysès reçoit sa fille des mains d’Ulysse.
On retrouve souvent dans l’œuvre de Claude ces architectures composites, mêlant souvenirs -l'édifice du fond reprend les façades du palais de la Chancellerie à Rome- et interprétation de monuments antiques, médiévaux ou contemporains du XVIIème siècle.
Et dans ce port de fantaisie aux façades imposantes, irradié par un soleil dont l’éclat fait scintiller la crête des vagues, comme un harmonieux et poétique décor de théâtre, la lumière du couchant unit la composition. Le soleil attire l’œil, se reflète dans le port, et appelle au large vers la mer qui s’ouvre entre promesse de lointains et de fortune et danger des voyages.

Œuvre liée: Claude Lorrain, Port de mer au soleil couchant, Paris, Musée du Louvre

On l’appelait Orizonte…
 

…car Claude Gellée portait toujours son regard vers l’horizon.
Né en Lorraine, orphelin à douze ans, il partit à quatorze pour Rome où il fit l’essentiel de sa carrière : assistant d’Agostino Tassi (vers1580-1644) et élève du flamand Paul Bril (1554-1626), il allie l’art nordique et le classicisme romain, l’étude d’après nature et l’idéalisation, la lumière étant la composante essentielle qui unifie les différents plans.
Notre tableau illustre donc particulièrement l’art de Claude Gellée, même si les figures, selon son habitude, sont faites par un de ses collaborateurs, ici Filippo Lauri.
Au XIXème siècle, Joseph Mallord William Turner (1775-1851) poursuit ces recherches sur les effets de soleil et décide de léguer deux de ses œuvres à la National Gallery de Londres à la condition, marque ultime de son admiration, qu’elles soient accrochées entre deux tableaux de Claude.
Claude « était tellement préoccupé de dévoiler les secrets de l’art et de surprendre les mystères de la nature, qu’il sortait avant le lever du jour et restait jusqu’à la nuit, pour saisir toutes les nuances du crépuscule et, ainsi, pouvoir mieux les représenter. » (Joachim von Sandrart, peintre et historien d’art allemand, 1606-1688).

Œuvre liée: Joseph Mallord William Turner, Regulus, 1828-1837, Londres, Tate Gallery

 

Bibliographie

- Cappelletti F., Cavazzini P., Ginzburg S., Loire S., Portus J. Ubeda de los Cobos A., Nature et idéal. Le paysage à Rome 1600-1650. Exposition Paris, Grand Palais,  9 mars-6 juin 2011, Madrid, musée du Prado, 28 juin – 25 septembre 2011. Paris, RMN, 2011
- Bolard Laurent, La Symbolique des ports chez Claude Lorrain : une révision, Gazette des Beaux-Arts, déc. 1991, p.221-230
- Röthlisberger Marcel, Tout l’œuvre peint de Claude Lorrain, Paris, Flammarion, 1977

Cartel

  • Claude GELLEE, dit Claude LORRAIN (Chamagne (Vosges), vers 1602 – Rome, 1682)

    Ulysse remet Chryséis à son père, dit aussi Marine, soleil couchant

    Vers 1644

    Peint pour le collectionneur parisien Roger du Plessis, seigneur de Liancourt, duc de la Roche-Guyon (1598-1674) ; collection Armand-Jean, duc de Richelieu ; collection de Louis XIV (1665)

  • Huile sur toile

    H. : 1,19 ; L. : 1,50

  • INV. 4718 (pendant du INV. 4724)

  • Peintures

    Aile Richelieu
    2e étage

Informations pratiques

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai, 8 mai et 25 décembre

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