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Pistes de visite A l'origine de la guerre de Troie

Durée : 1h30 - Niveau : Collège, 3e hellénistes, adaptable dès la 6e - Disciplines : Langues et Cultures de l’Antiquité - français - musique - histoire
Jours de faisabilité : Lundi, Mercredi, Vendredi, Samedi, Dimanche

Groupes scolaires

  • Piste
Jacques Louis David, Les amours de Pâris et d'Hélène, 278x278px
Jacques Louis David, Les amours de Pâris et d'Hélène, 278x278px

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

Objectifs

- Se familiariser avec les espaces du musée et s’orienter de façon autonome ;

- Aborder les correspondances entre littérature et arts visuels, en associant à des textes préalablement étudiés des œuvres des collections du Louvre ;

- Former le regard, notamment en encourageant une pratique sensible et construite de la photographie ;

- Découvrir la permanence de l’inspiration antique et les formes diverses qu’elle peut prendre : récurrence d'un thème, citations, détournements… (les œuvres ont été choisies à dessein dans des périodes différentes, de l’Antiquité au XIXe siècle) ;

- Susciter la curiosité pour des œuvres et techniques moins connues ou diffusées (terres cuites, mosaïque…)

Parti pris

Cette piste de visite est centrée, non sur la guerre de Troie en elle-même, mais sur ceux qui en sont la cause : Pâris, Hélène, et bien sûr la déesse Aphrodite. Elle peut accompagner, par exemple, un travail mené en interdisciplinarité avec le professeur de musique autour de La Belle Hélène d’Offenbach, avec le professeur de français sur le mythe épique ou la tragédie, avec le professeur d’histoire sur la civilisation mycénienne...

On suppose l’histoire d'Hélène et de la guerre de Troie connue. Elle a été abordée, selon le niveau des élèves, par des récits du type Contes et légendes ou à travers des extraits d’auteurs antiques, étudiés en traduction ou en cours de grec.

Le corpus retenu est le suivant :
- Homère, Iliade, chant III
- Euripide, Hélène
- Euripide,  Les Troyennes, vers 860 à 1059.
- Gorgias, Eloge d'Hélène
- Lucien de Samosate, « Le Jugement des déesses » in Les Dialogues des dieux

Il pourra être amusant de se référer aussi au livret de Meilhac et Halévy, qui nous donne une version moderne et burlesque du mythe.

Ces textes posant la question de la culpabilité d'Hélène, on cherchera quelle réponse y est apportée par les différents artistes : comment, par le choix de la scène représentée, par l’attitude donnée à la reine, nous suggèrent-ils sa culpabilité ou son innocence ?

Lors de la visite, les élèves découvriront des œuvres faisant écho aux textes ainsi étudiés. Ils feront de chacune d'entre elles deux photographies :
- l’une d’ensemble ;
- l’autre d'un détail qu’ils auront eux-mêmes choisi.

La visite se déroule, idéalement, en petit groupe avec le professeur. Elle ne fait pas l'objet de prises de notes.

De retour en classe, les élèves réaliseront un dossier, regroupant les œuvres et détails photographiés, et les associant à citation appropriée, empruntée à  un auteur antique.

Matériel

- Un plan sur lequel les salles où se trouvent les œuvres auront été préalablement indiquées par le professeur ;

- Un appareil photo, un téléphone ou une tablette pour photographier les œuvres.

Les amours de Pâris et d'Hélène, Jacques Louis DAVID, département des Peintures
Les amours de Pâris et d'Hélène, Jacques Louis David-140x87px

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

1Les Amours de Pâris et Hélène

Jacques-Louis David

Denon 1er étage - salle 702

1788
Saisie révolutionnaire de la collection du comte d’Artois
H. : 1,46 m. ; L. : 1,81 m.

 

Le tableau est une commande pour le pavillon de Bagatelle du comte d’Artois, futur Charles X. Edifié très rapidement à la suite d’un pari entre Marie-Antoinette et le frère du roi, il s’agissait d’un lieu consacré à des aventures galantes. Le sujet choisi est donc tout à fait approprié !
 

Une œuvre surprenante de la part de David ? Observation et comparaison

A quel type de personnages le peintre s'intéresse habituellement ?
Les élèves sont invités à regarder en parallèle le tableau voisin, La douleur d'Andromaque, morceau de réception à l’Académie, qui fit l'unanimité du jury en 1793. Véritable manifeste du néoclassicisme, la toile semble plus conforme à ce que l’on attend de David. Et en effet, les sujets semblent opposés…

- Les élèves sont invités à identifier les personnages ;

- Ils comparent ensuite :
o Hector et Pâris
Hector, grand guerrier mort au service de sa patrie, apparaît ici livide et tendu dans une raideur cadavérique ; on remarque, au premier plan la présence d’armes disproportionnées, ainsi que la couronne de laurier qui ceint la tête du défunt.
Pâris, galant musicien tenant sa lyre, à la carnation lumineuse et à l’attitude gracieuse semble s’y opposer. Point d’armes, mais le bonnet phrygien et une élégante chlamyde.
Ce Pâris Alexandre est certes « beau comme un dieu » et on se souviendra qu’Homère l’appelle le plus souvent « Alexandre pareil aux dieux » (Ἀλέξανδρος θεοειδής).
Mais c'est aussi le « bellâtre, coureur de femmes » (εἶδος ἄριστε,γυναιμανές) interpellé par Hector qui lui reproche sa lâcheté face à Ménélas (Iliade, III, 39).
o Andromaque et Hélène
Andromaque : veuve éplorée, modèle même de la fidélité conjugale par-delà la mort.
Hélène : l’épouse infidèle par excellence, à l’attitude lascive, dont le chitôn transparent dévoile l'épaule.

Deux formes d’amour s’opposent, l’amour conjugal dont le fruit est le petit Astyanax et un amour sensuel et stérile. On remarque d’ailleurs que les deux couples, - d’un côté la mère et l’enfant qui semble vouloir la consoler, de l’autre les deux amants – s’intègrent dans un même triangle lumineux.

Deux courants d’exploitation de la mythologie sont ici côte à côte : la mythologie héroïque et la mythologie galante, héritée du XVIIIe siècle.


Une œuvre néoclassique

Toutefois le tableau de David est bien néoclassique par son traitement, le choix d’une composition en frise, la présence du rideau qui théâtralise la scène et le souci du détail « vrai » dans l’architecture et le mobilier. Ces derniers révèlent le goût pour l’archéologie antique et le détail vrai - ou apparemment vrai - qui s’est développé après la découverte des sites de Pompéi et Herculanum.

On demande aux élèves d’observer avec attention le décor de ce mobilier, en attirant si besoin leur attention sur ces détails :

- Léda et un cygne ornent le lit. Pourquoi ? (Léda est la mère d'Hélène, séduite par Zeus).
- Des cygnes sont également présents sur l’athénienne qui se trouve à droite. C'est là un petit meuble bien néoclassique, puisque son nom vient d’un tableau de Vien représentant une jeune Athénienne brûlant de l'encens sur un trépied...
- Sur la lyre une représentation du jugement de Pâris évoque la cause de la guerre.
- La déesse victorieuse Aphrodite est-elle présente ? (sa statue orne une colonne ; les élèves sont invités à mémoriser la position de la déesse).
- Existe-t-il des indices de la présence d’Eros ? (Il est représenté par son attribut, le carquois. Il est beaucoup plus difficile de l’identifier, en compagnie de Psyché, dans le bas-relief à demi dissimulé par la draperie, sur la droite).
- Des statues féminines font office de colonnes en arrière-plan. Après avoir rappelé le terme « cariatide », on demande aux élèves de quel célèbre monument David peut s’être inspiré : pour peu que l’on ait en classe évoqué l’Acropole d'Athènes, ils citeront l’Erechtéion... Qu’ils observent bien, cependant, la statue de droite...


Quel épisode de l’Iliade David a-t-il choisi de représenter ?

Hélène vient de rejoindre Pâris, sauvé par Vénus qui l’a enveloppé d’une nuée et emmené dans sa chambre « odorante et parfumée », alors qu’il était en passe d’être tué par Ménélas. On rappelle que dans cet extrait du chant III, qui a été lu en classe, Hélène, après s’être rebellée contre Aphrodite, « détourne les yeux » de Pâris, lui reproche vertement sa lâcheté, et ne lui cède qu’à contrecœur.


L’attitude des amants reflète-t-elle cette réticence ?

Pâris regarde amoureusement une Hélène, qui, si elle ne détourne pas les  yeux, les baisse et semble plutôt réticente. Il la tient fermement par le bras : elle apparaît comme sa possession, un bien qu’il a en quelque sorte gagné sur le mont Ida.
L’attitude, gracieuse au demeurant d’Hélène, est surprenante. Si elle ne s’appuyait sur l'épaule de Pâris, comme sur un pilier, elle tomberait... Les élèves sont invités à tenter de reproduire sa position et à la mémoriser.

Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?

Le peintre ne semble pas donner de réponse bien tranchée et laisse planer l'ambiguïté.

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : les paroles que Pâris adresse à Hélène (Iliade, III, vers 441 et 442, traduction de Paul Mazon, « Les Belles Lettres ») :

« Allons ! couchons-nous et goûtons le plaisir d’amour. Jamais encore le désir n’a à ce point enveloppé mon âme. »

« Ἀλλ' ἄγε δὴ φιλότητι τραπείομεν εὐνηθέντε
οὐ γάρ πώ ποτέ μ'ὦδε γ' ἔρως φρένας ἀμφεκάλυψεν ».

Girolamo di Benvenuto, Le Jugement de Pâris
Girolamo di Benvenuto, Le Jugement de Pâris-140x87px

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Gérard Blot

2Le Jugement de Pâris

Girolamo di Benvenuto

Denon 1er étage - salle 709

Vers 1500 ?
Ancienne collection Campana
Entré au Louvre en 1863

 

Les élèves, munis de leur plan, gagnent la salle des Sept-Mètres. Sachant que l’œuvre à rechercher est un tondo, aphérèse de rotondo, ils en déduisent qu’elle est de forme circulaire et la trouvent.
 

Comment expliquer la forme circulaire de l’œuvre ?
Voir la notice de l’œuvre accessible en cliquant sur le titre de l'oeuvre ci-dessus.


Identifier les personnages :

- Aphrodite est immédiatement reconnaissable (nudité notamment) ;
- Il n’en va pas de même pour Athéna et Héra.
On peut cependant émettre des hypothèses :
La plus richement vêtue, de dos, pourrait être Héra. Elle tient un petit récipient à la main : cela renvoie peut-être à la fonction du plateau, Héra étant la déesse du mariage.
La déesse qui nous fait face tient un livre : or Athéna est la déesse de la sagesse...

A noter : les costumes n’ont évidemment rien d’antique, occasion de rappeler que la recherche de véracité en ce domaine date de la fin du XVIIIe.


Observer leurs attitudes.
En quoi cela préfigure-t-il déjà l’issue du jugement ?

Pâris, bouche bée, est encore hésitant, mais semble fasciné par la nudité de Vénus.
Beaucoup plus maligne que Junon et Minerve qui se disputent, elle se contente de se montrer dans toute sa splendeur ! On remarquera sa position, avec l’inclinaison inversée, en chiasme, des épaules et du bassin...
Cupidon, complice de sa mère,  est prêt à décocher sa flèche sur Pâris.


Observer le paysage où règnent paix et harmonie ; la guerre ne tardera pas à faire irruption : quels peuvent en être les indices ?

On remarque une masse rocheuse quelque peu menaçante derrière Vénus, en contraste avec la gracilité des arbres et la légèreté des collines bleutées en arrière-plan. On rappelle à cette occasion que nous sommes sur le mont Ida, où Pâris fait paître les troupeaux de Priam.

Il est d'ailleurs intéressant d’observer quels sont les animaux présents et quelle peut être la raison de leur présence : les cygnes évoquent Léda, et donc Hélène ; quant aux chevaux, ils peuvent préfigurer la guerre de Troie...
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : un petit extrait du « Jugement des déesses », l'un des Dialogues des dieux de Lucien de Samosate. Pâris ayant demandé que les trois déesses se déshabillent afin de pouvoir « juger avec précision » obtient cette réponse d'Aphrodite :

« Très bien, Pâris, je serai la première à me déshabiller, afin que tu voies que je n'ai pas seulement les bras blancs, que je ne m'enorgueillis pas d'avoir de grands yeux, mais que je suis également belle en tout et partout. »

« Καλῶς,ὦ Πάρι,καὶ πρώτη γε ἀποδύσομαι,ὅπως μάθῃς ὅτι μὴ μόνας ἔχω τὰς ὠλένας λευκὰς μηδὲ τῷ βοῶπις εἶναι μέγα φρονῶ,ἐπ' ἴσης δέ εἰμι πᾶσα καὶ ὀμοίως καλή ».

On rappelle à cette occasion que « aux bras blancs » / λευκώλελος et « aux grands yeux » (littéralement « aux yeux de vache ») / βοῶπις sont deux épithètes homériques d’Héra !

Une fois la pomme donnée à Vénus, il faut que Pâris obtienne sa récompense et enlève la belle. Empruntons la grande Galerie de peinture italienne pour être témoins de cet enlèvement.

Guido Reni, dit Le Guide, L´Enlèvement d´Hélène
Guido Reni, dit Le Guide, L´Enlèvement d´Hélène - 140x87px

© 2009 Musée du Louvre / Erich Lessing

3L’enlèvement d’Hélène

Guido Reni

Grande Galerie - salle 716 (fin Grande Galerie)

Vers 1626 - 1629
Entré au Louvre en 1794
H. : 2,53 m. ; L. : 2,65 m.

 

Face aux cinq toiles provenant de la galerie de l’hôtel La Vrillière (voir notice de l’œuvre en cliquant sur le titre), les élèves sont invités à identifier celle qui représente l'enlèvement (elle se détache par sa luminosité et l'éclat de ses couleurs).

Identifier les personnages et observer leur attitude :

- Pâris, au centre, attire les regards. Triomphant, voire même arrogant, il est vêtu d’un paludamentum, ayant remporté une victoire qui n’est pourtant en rien militaire !
- C’est une Hélène manifestement consentante qui le suit. Elle quitte le palais de Ménélas d’un pas assuré.
- Les trois suivantes de la reine portent les présents  qui ont contribué à séduire la belle... On remarque le jeu des regards : la femme de droite regarde celle de gauche, qui semble nous prendre à témoin de la scène.
- Le petit page noir tient en laisse un ouistiti. L’un comme l’autre apportent une touche d’exotisme. Tous deux sont également, sans doute, des présents apportés par le séducteur. C'est en effet grâce à son faste oriental, et donc exotique, que Pâris séduisit Hélène. Il a également eu recours à d’enjôleuses paroles, auxquelles le petit singe, animal rusé, pourrait renvoyer...
- Les trois compagnons de Pâris, en revanche, sont manifestement inquiets et l’invitent à se presser de rejoindre la flotte que l’on distingue à l’arrière-plan. On peut supposer que l’homme qui se tient à côté de Pâris est Énée, qui l’avait accompagné à Sparte.
- Un malicieux Cupidon, dont le geste nous invite à un silence complice, révèle que ce départ est en fait une fuite.
- Le petit chien qui semble vouloir affronter le ouistiti pourrait symboliser la fidélité, ici bafouée...


Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?

Incontestablement l’Hélène de Guido Reni est coupable :
- Elle suit de son plein gré son  séducteur !
- Si l’on n’observe que cette moitié gauche du tableau, on a l’impression de se trouver face au cortège nuptial d’une jeune fille, mais l’attitude des trois suivantes peut marquer une certaine désapprobation.
- La présence de Cupidon et du chien symbole de fidélité soulignent cette culpabilité.


Peut-on identifier des indices de désastres futurs ?

- Cupidon a le pied sur un fragment architectural brisé qui annonce la destruction de Troie. On peut opposer ce fragment à la marche entière du solide palais que quitte Hélène.
- La torche tenue par le petit dieu Hymen (à ne pas confondre avec Cupidon) est éteinte et fumante. On peut rappeler à cette occasion que la reine Hécube avait rêvé qu’elle donnait le jour à une torche qui embrasait Troie...
- Le doigt pointé du compagnon de Pâris situé à l’arrière, l’épée dressée d’Enée, la lance tenue par l’un des deux soldats debout à l’arrière-plan peuvent apparaître comme des annonces d’une guerre, située dans un hors-champ vers lequel tend toute la composition.


Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : les paroles que la reine Hécube adresse à une Hélène qu’elle juge responsable de la guerre, dans Les Troyennes (Vers 996/7, traduction de Léon Parmentier - « Les Belles Lettres ») :

« Le palais de Ménélas ne suffisait pas à tes besoins de luxe insolent. »
« Οὐδ' ἦν ἱκανά σοι τὰ Μενέλεω
μέλαθρα ταῖς σαῖς ἐγκαθυϐρίζειν τρυφαῖς. »

Gavin Hamilton, Vénus présentant Hélène à Pâris
Gavin Hamilton, Vénus présentant Hélène à Pâris -140x87

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Thierry Ollivier

4Vénus présentant Hélène à Pâris

Gavin Hamilton

Denon 1er étage - salle 718

Vers 1777 - 1780
Achat 2011
H : 2011 m. ; L. : 2,59 m.

 


Identifier l’œuvre : les élèves sont invités à chercher, en levant la tête, une toile représentant Hélène, Pâris, Vénus.
 

Quelle scène est représentée?
Il s'agit de la première rencontre entre Pâris et Hélène, conduite par Vénus en personne.


Comparer la toile à celle de David :
- Quels éléments permettent d’identifier le style de l’œuvre ?
(Gavin Hamilton est l’un des inventeurs du style néoclassique, dont certaines caractéristiques sont facilement identifiables : en arrière-plan, le rideau qui théâtralise la scène, ainsi qu’une massive base de colonne qui découpe l’espace).

- Comment sont traités les personnages ?
o Pâris, revêtu cette fois de ses armes, est totalement passif et attend que la déesse lui amène Hélène ;
o La réticence, très nettement soulignée, d’Hélène est marquée par le geste de sa main gauche.
o Les dieux sont présents. Vénus, dévoilant Hélène, joue ici les entremetteuses... Eros semble être dupliqué !
L’Aphrodite de Lucien promet l’assistance de ses deux fils, Eros, l’Amour, et Iméros, le Désir. C’est sans doute ce dernier qui, assisté de son frère, s’apprête à unir les mains de Pâris et Hélène.
o La composition en diagonale et le recours au clair-obscur mettent en valeur les personnages féminins au détriment d’un Pâris  qui reste dans l’ombre.
 

Comment la guerre future est-elle préfigurée ?
La tenture au-dessus de Pâris, vêtu en soldat, évoque une tente militaire. Les nuages s’amoncellent au-dessus de ce drapé. L’attitude suppliante du putto de droite  peut aussi s’interpréter comme une mise en garde...
 

Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?
C'est une Hélène victime de Vénus qui nous est montrée ici.
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citations pouvant être associées :
- Les vers de l’Iliade, par lesquels le roi Priam absout Hélène de toute responsabilité (Iliade, III, 164/165, traduction de Paul Mazon, « Les Belles Lettres ») :
« Tu n'es, pour moi, cause de rien : les dieux seuls sont cause de tout : ce sont eux qui ont déchaîné cette guerre, source de pleurs, avec les Achéens. »
« Οὔ τί μοι αἰτίη ἐσσί,θεοί νύ μοι αἴτιοί εἰσιν,
οἵ μοι ἐφώρμησαν πόλεμον πολύδακρυν Ἀχαιῶν. »

- Le refrain de l’Invocation à Vénus d’Offenbach est aussi tout à fait approprié :
« Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu
  
À faire ainsi cascader, cascader la vertu ? »

Mosaïque de sol : le jugement de Pâris
Mosaïque de sol : le jugement de Pâris-140x87

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

5 Mosaïque de sol : le jugement de Pâris

Denon RDC - salle 412

115 - 150 après J.-C.
Antioche sur l’Oronte, Turquie. Maison de l’atrium.
Marbre, calcaire et pâte de verre
l. : 1,86 m ; L : 1,86 m

 


Des éléments de présentation de la mosaïque sont disponibles dans la notice accessible en cliquant sur le titre.
 

Identifier les personnages et faire un parallèle avec le tondo vu en début de visite :
- Hermès, que l’on reconnaît à son caducée et à ses ailes, est ici représenté aux côtés de Pâris.
- Le jeune homme est entouré de ses bêtes et tient sa houlette.
- Les déesses sont facilement identifiables : Athéna porte l’égide et la lance ; Héra, la tête voilée, assise, tient un sceptre ; Aphrodite n’est pas nue, mais richement et coquettement vêtue. Son assurance d’être l’élue se marque par son attitude décontractée.
- Le petit Eros, reconnaissable à ses ailes, a pour pendant une petite fille, ailée également, mais aux ailes de papillon. On demandera aux élèves s’ils se rappellent le couple d’enfants représentés par David sur le pied du lit. Nous retrouvons en effet Eros et Psyché, qui pourraient tout à fait faire l’objet d'un autre parcours au musée...
 

Y-a-t-il dans le paysage un élément préfigurant la guerre à venir ?
Le pin enserre une colonne funéraire, surmontée d’une urne.
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citations pouvant être associées :
Une phrase prononcée par Hermès dans le dialogue de Lucien :
« (Zeus) ordonne que tu sois juge de leur beauté, parce que tu es beau toi-même et connaisseur en amour. »

« Ὁ Σεὺς κέλευει δέ σε δικαστὴν γενέσθαι τοῦ κάλλους αὐτῶν ἐπεὶ γαρ κάλος τε αὐτὸς εἶ καὶ σοφὸς τὰ ἐρωτικά »
 

Et faisons chanter le Pâris d’Offenbach :

« Evohé que ces déesses
Pour enjôler les garçons,
Evohé que ces déesses
ont de drôles de façons. »

Aphrodite (Vénus), dite « Aphrodite au pilier » restaurée en muse
Aphrodite (Vénus), dite « Aphrodite au pilier » restaurée en muse -140x87

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

6Aphrodite au pilier restaurée en muse

Sully RDC - salle 339

Ier ou IIe siècle après J.-C. (?)
Achat, 1807, collection Borghèse
Marbre
H. 1,18 m.

 

Observer les deux statues côte à côte : évoquent-elles une autre œuvre de la visite ?
Les élèves reconnaissent sans doute l’Hélène du tableau de David. On retrouve la même attitude sinueuse du corps, en déséquilibre, l’épaule dénudée, le vêtement qui épouse les formes, dans un effet de drapé mouillé. Ils réalisent donc que le peintre a malicieusement donné pour compagne à son Pâris la déesse de l'amour en personne !
 

Pourquoi deux œuvres presque similaires ?
La présence de deux statues permet de revenir sur la pratique de la copie par les  Romains.
 

Les instruments de musique sont-ils des attributs de Vénus ?
A l’époque moderne, beaucoup de statues antiques ont été complétées, car on considérait l’œuvre fragmentaire comme imparfaite. Aphrodite s’est donc transformée en Euterpe, muse de la poésie...Quel indice a pu fait croire qu’il s’agissait d’une des compagnes d’Apollon ? (un corbeau et une branche de laurier sont sculptés sur le pilier).
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée :
La photographie de ces deux « jumelles » sera évidemment illustrée par un vers de l’Hélène  d’Euripide : Hélène explique à Ménélas, tout surpris, qu’elle n'est jamais allée à Troie, remplacée par son « ombre » (eidôlon).

« Je ne suis pas allée en terre troyenne, mais c'était mon ombre. »

« Οὐκ ἦλθον ἐς γῆν Τρῳάδ',ἀλλ' εἴδωλον ἦν. »

Salle d’art grec classique et hellénistique, salle dite des Caryatides, musée du Louvre
Salle d’art grec classique et hellénistique, salle dite des Caryatides, musée du Louvre-140x87

© 1998 Musée du Louvre / Etienne Revault

7Conclusion


En conclusion : à propos de copie et d’inspiration…
 

- On rappellera aux élèves que David a aussi représenté sur son tableau une statue d’Aphrodite et on leur demandera de regarder autour d’eux les différentes représentations de la déesse : ils retrouveront le geste de la main de l’Aphrodite pudique ou de l’Aphrodite de Cnide (mais la réplique du Louvre a perdu ses bras !) et la semi-nudité de la Vénus d’Arles ou de la Vénus de Milo… David s'est donc manifestement amusé à recréer une Vénus à l’antique.
 

- Et ce n'est pas tout ! En sortant par la salle des Caryatides, les élèves pourront reconnaître, dans les quatre statues de Jean Goujon soutenant la tribune des musiciens, le décor de la chambre de Pâris et Hélène qui avait inauguré la visite...