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Pistes de visite Les échanges culturels entre Orient et Occident au Moyen-Age

Durée : 1h30 - Niveau : Collège : 5ème - Lycée : 2nde - Adultes - Disciplines : Pluridisciplinarité
Jours de faisabilité : Lundi, Mercredi, Vendredi, Samedi, Dimanche

Département des Arts de l'Islam - 300 * 200 px
Département des Arts de l'Islam - 300 * 200 px

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hervé Lewandowski

Objectifs

Si l’Islam et la Chrétienté se sont affrontés militairement, ils ont aussi nourri des échanges diplomatiques, commerciaux et culturels. Les objets exposés au Département des Arts de l’Islam constituent un témoignage précieux de la transmission des savoirs depuis l’Antiquité, mais aussi de commandes, d’influences, et d’appropriations d’œuvres entre Orient et Occident.

- Comprendre les échanges culturels entre Orient et Occident
- Saisir la variété des modes de transmission et d’appropriation des œuvres

Parti pris

La piste de visite suit le cheminement muséographique des salles des Arts de l’Islam, et s’appuie sur quelques œuvres aux matériaux, fonctions et origines géographiques variés. Dans l’onglet Ressources, le plan des salles est disponible avec la localisation des œuvres de la piste.
 

Matériel

Le questionnaire élève, un support rigide, un crayon.

Aiguière à décor d'oiseaux affrontés ; inscription coufique
Aiguière à décor d'oiseaux affrontés ; inscription coufique

© 1982 RMN / Peter Willi

1Aiguière

vers 1000-1015 / 12e siècle
Egypte / Italie du sud
Cristal de roche taillé / Couvercle : or filigrané

Denon, Arts de l’Islam, niveau -1, rez-de-cour, salle 186

 

Selon vous, à quoi pouvait servir cet objet ?
A verser de l’eau ou du vin. [Remarque : Au Moyen-Age, Le vin/l’alcool (mot d’origine arabe) est consommé dans l’ensemble des régions du monde islamique, par des membres de l’élite urbaine, ou dans les cours princières, malgré les interdits religieux.]

 

Observez : quels sont les deux matériaux utilisés ? Pourquoi deux dates différentes apparaissent-elle sur le cartel ?
Cristal de roche provenant d’Afrique subsaharienne ou de Madagascar (et non du verre) et or (pour le couvercle). L’aiguière en elle-même vient d’Egypte (Le cristal de roche, symbole de lumière et de pureté, était particulièrement apprécié par les califes fatimides) et le couvercle vient d’Italie du Sud ou de Sicile (appartenant à Roger II de Sicile, prince chrétien).

Cette aiguière est constituée d’un seul bloc de cristal. Selon vous, comment a-t-elle été réalisée ?
Le bloc a été foré, taillé, gravé et poli à l’extérieur et à l’intérieur pour obtenir la forme souhaitée.

 

Grâce à la carte et au cartel, décrivez les étapes du voyage de cette aiguière :
De l’Egypte vers Italie du Sud puis Saint-Denis (L’aiguière fut offerte par Roger II de Sicile à Thibaud de Blois-Champagne qui en fit don à l’abbaye de Saint-Denis vers 1150)

 

À quels types de personnes cet objet est-il destiné ? Justifiez votre réponse.
En raison des personnages princiers qui l’ont possédée en Europe, on peut penser que cette aiguière était destinée à l’entourage du calife d’Egypte. [Remarque : une autre aiguière très similaire dans le trésor de Saint-Marc de Venise porte le nom du calife fatimide al-Aziz (fin du Xe s). Il existe aussi une seconde aiguière, autrefois au Palais Pitti à Florence, au nom de Husayn b. Jawhar, général du calife

Chandelier aux canards et aux félins
Chandelier aux canards et aux félins

© 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois

2Chandelier aux canards et aux félins

2nde moitié du 12e siècle
Iran oriental (?)
Alliage de cuivre

Denon, Arts de l’Islam, niveau -1, rez-de-cour, salle 186

 

Observez : selon vous, quel est le poids de ce chandelier : 2,688 kg, 26,88 kg ou 268,8 kg ?
Ce chandelier ne pèse que 2,688 kg ! L’intérêt de son faible poids est notamment de réaliser des économies.

 

Sachant qu’il n’est constitué que d’une seule feuille de métal, selon vous comment a-t-il été fabriqué ?
La feuille métallique a été entièrement martelée de l’intérieur, y compris les sculptures en semi ronde bosse.

 

Observez les écritures : pouvez-vous en distinguer plusieurs ?
Frise du bas : en arabe
Frise du milieu : en arabe (formules de vœux), certaines inscriptions qui abritaient peut-être des noms ont été abrasées
Frise du haut : en arménien

 

Selon vous, pourquoi y a-t-il des écritures en arabe et en arménien ?
Des inscriptions en surcharge ont été ajoutées en 1699, par un propriétaire probablement arménien qui offrit l’œuvre à son église. [Remarque : nous ne pouvons être certains que la transformation ait eu lieu en Arménie : des communautés arméniennes existaient ailleurs au Proche et Moyen-Orient notamment en Iran. C’est pourquoi un point d’interrogation apparaît sur la carte.)

 

Que nous apprend ce bassin sur l’appropriation des objets au Moyen-Age ?
A partir du moment où l’objet plaisait, le nouveau propriétaire se l’appropriait, et ce quelle que soit la religion d’origine. Ainsi modifier un objet ou le détourner de sa fonction ne signifie pas forcément vouloir effacer les traces d’une culture précédente, mais l’adapter à un nouvel usage.

Élément d'arcature
Élément d'arcature

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

3Élément d’arcature

12e siècle
Égypte, Le Caire
Bois de cyprès sculpté

Denon, Arts de l’Islam, niveau -2, parterre, salle 187

 

Selon vous, à quoi pouvait servir cet objet ?
Il s’agit sans doute d’une partie de l’encadrement d’une porte ou d’une fenêtre.

 

Observez le décor et les écritures.
Décor : arabesque, végétal complexe (caractéristique de la fin de la période fatimide)
Ecritures : hébreu

 

Au XIIè siècle, l’Egypte est dominé par les Fatimides (musulmans). Or ce fragment était dans une synagogue. Que pouvez-vous en déduire ?
La religion juive était tolérée. L’inscription en hébreu indique une utilisation dans un édifice cultuel ; il pourrait s’agir de la synagogue Ben Ezra, à Fustat, détruite puis reconstruite au 11e siècle, pour laquelle d’autres fragments de décor sont connus. Les artisans travaillaient indifféremment pour les communautés chrétienne, juive ou musulmane, selon un même vocabulaire esthétique.

Remarque : l’arabesque va influencer l’Italie et l’Europe à partir du XVe siècle, dans les domaines de la peinture, de la faïence, de la reliure, de la tapisserie, de la broderie et des objets en métal.

 

Prolongement possible en arts plastiques : imaginez les parties manquantes de l’arcature.

Globe céleste
Globe céleste

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Hughes Dubois

4Globe céleste ou astrolabe

Signé Yunus b. al-Husayn al-Asturlabi
539 H. / 1144
Isfahan (?), Iran
Bronze gravé incrusté d’argent

Denon, Arts de l’Islam, niveau -2, parterre, salle 187

Instrument d’étude et de mesure, un astrolabe sphérique est un modèle tridimensionnel des cieux. Celui-ci est le 3e plus ancien conservé au monde.

 

À quoi correspondent les points en argent ?
Les 1025 étoiles sont signalées par des points d’argent dont la taille varie en fonction de la brillance observée de l’astre.

 

D’après le cartel, à partir des travaux de quel scientifique Yunus a-t-il réalisé ce globe céleste ?
Le globe porte les 48 constellations identifiées par le Grec Ptolémée à Alexandrie au 2e siècle. L’inscription gravée par Yunus dit qu’il refit les calculs de coordonnées en tenant compte du temps écoulé depuis l’œuvre de Ptolémée.

 

Que nous apprend cet objet sur le rôle qu’a joué l’Islam dans la transmission des savoirs antiques vers l’Occident ?
L’Islam a grandement participé à la transmission des savoirs de l’Antiquité vers l’Occident.

Remarque : Dès le 8e siècle s’amorce un important travail de traductions d’œuvres scientifiques et philosophiques, notamment d’après le grec, le syriaque, le pehlevi (langue iranienne) et le sanskrit. En outre, les traductions arabes ont permis la traduction de certains textes antiques, parvenus en Europe au Moyen-Age ou à la Renaissance.  Notons le rôle de l’Espagne, de l’Italie du Sud et des communautés juives, « passeuses » entre l’orient et l’Occident.

Gobelet aux joueurs de polo
Gobelet aux joueurs de polo

© 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois

5Gobelet aux joueurs de polo

milieu /2de moitié du 13e siècle
Syrie
Verre soufflé, doré et émaillé

Denon, Arts de l’Islam, niveau -2, parterre, salle 187


Observez les matériaux : selon vous, comment la peinture a-t-elle été fixée sur le verre soufflé ?
Sur un dessin préparatoire réalisé en rouge, l’or en poudre, mêlé à de l’eau et de la gomme arabique, est appliqué au pinceau. Les émaux, des matières visqueuses opaques et colorées, sont ensuite apposés sur la surface. Ce décor est fixé par un bref passage à la flamme.
[Remarque : cette technique va être reprise par les verriers vénitiens de Murano (XVe siècle) et de Barcelone.

 

Observez l’iconographie : à quel sport jouent les personnages figurés ?
Ils jouent au polo !

Remarque : le jeu de polo, d’origine persane anté-islamique, s’est diffusé en Orient à la période islamique, et est passé en Occident via l’Inde à la période moderne

 

Observez le haut du gobelet : quelle est l’écriture utilisée ?
Graphie cursive en arabe

Selon vous, à quels types de personnes cet objet est-il destiné ? Pour quel usage à l’origine ?
Étant donné la beauté de l’objet, son destinataire devait appartenir à une famille riche et pouvait servir pour des cérémonies ou des banquets.

 

D’après le cartel, où ce gobelet a-t-il été trouvé ? Pour quel usage ?
Il a été trouvé sous l’autel de l’église Santa Margherita d’Orvieto (Italie centrale). Il est possible qu’il ait servi de calice lors de cérémonies religieuses importantes.

 

Que nous apprend ce gobelet sur l’appropriation des objets au Moyen-Age et sur leurs changements d’usage ?
Plus que l’origine, c’est la beauté de l’objet qui comptait. Ainsi, ce gobelet est sans doute passé d’un usage profane (art de cour) à un usage religieux (calice pour le culte chrétien).

Remarque : il existe de nombreux autres exemples de flacons ou bouteilles en cristal de roche ou en verre émaillé et doré qui ont été  utilisés comme reliquaires.

Bassin dit « baptistère de Saint Louis »
Bassin dit « baptistère de Saint Louis »

© 2010 Musée du Louvre / Hughes Dubois

6« Baptistère de Saint Louis »

Vers 1320 - 1340
Syrie
Laiton martelé, décor gravé et incrusté d’argent, d’or et de pâte noire

Denon, Arts de l’Islam, niveau -2, parterre, salle 187

 

Sachant que Saint Louis est mort en 1270, pourquoi le titre de l’œuvre est-il écrit entre guillemets ?
Saint Louis est mort en 1270. L’objet a été réalisé au moins 50 ans plus tard. Il ne peut donc lui avoir appartenu.

Remarque : Cette appellation apparait à la fin du 18e s, lorsque l’on cherche à lui donner une origine prestigieuse, et alors qu’on ne savait pas bien dater l’objet.

 

Selon vous, à quoi servait cet objet ?
Associé à une aiguière, pour verser de l’eau sur les mains au-dessus du bassin.

 

Décrivez l’intérieur et l’extérieur du bassin.
Le décor montre, à l’extérieur, une suite de personnages, portant les emblèmes de leurs fonctions, liées à la chasse, au festin royal, au pouvoir (arc, masse d’arme et épée) ; ils convergent vers un souverain-chasseur, à l’intérieur, des scènes de chasse et de guerre alternent avec un souverain trônant.

 

Regardez les calligraphies sous la lèvre du bassin : selon vous, de quelle écriture s’agit-il ?
Ecriture arabe, signature de Muhammad ibn al-Zayn (Signé : « Œuvre du Maître Muhammad ibn al-Zayn qu’il lui soit pardonné »)

 

Observez le blason à l’intérieur du bassin : à quelle famille royale correspondent les fleurs de lys ?
Les fleurs de lys (ajoutées en 1821) correspondent à la famille royale de France.

Remarque : Des fleurs de lys plus simples apparaissent aussi à l’extérieur dans de petits médaillons : elles ont été gravées peu après la fabrication du bassin, en Orient, où la fleur de lys était utilisée comme emblème par les Mamlouks.

 

Que nous apprend ce bassin sur l’appropriation des objets au Moyen-Age et sur leurs changements d’usage ?
Tout comme le gobelet (étape 5) c’est la beauté des objets qui comptait. Les nouveaux propriétaires se l’appropriaient en y faisant graver leur symbole. En 1606 le bassin a été employé pour le baptême de Louis XIII à Fontainebleau. Cet objet est donc passé d’un usage profane à un usage religieux.

Albarelle au blason de Florence
Albarelle au blason de Florence

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Claire Tabbagh / Collections Numériques

7Albarelle au blason de Florence

1re moitié du 15e siècle
Syrie, Damas (?)
Céramique siliceuse peinte sous glaçure

Denon, Arts de l’Islam, niveau -2, parterre, salle 187

 

Selon vous, de quel pays s’inspirent le décor bleu et blanc et les motifs floraux ?
Le décor bleu et blanc, le dessin des motifs floraux sont d’inspiration chinoise. Ce type d’imitation/inspiration en bleu et blanc se développe en Egypte et en Syrie au 15e siècle, pour des vaisselles ou des carreaux de revêtement

 


Observez les motifs : lesquels pouvez-vous distinguer ?
Motifs floraux et blason en fleur de lys (en réalité, une fleur d’iris) de la ville de Florence !

 

Que nous apprend cette albarelle sur les relations entre Orient et Occident ?
Cet objet témoigne des relations commerciales et culturelles entre la Syrie et Florence.

Remarque : il s’agit d’une commande de Florence. De nombreux marchands italiens se rendaient, et résidaient à Damas, au Caire, à Alexandrie à cette époque. Ils pouvaient passer des commandes spéciales, destinées peut-être à des hauts personnages ou des établissements civils de Florence.

"Les échanges culturels entre Orient et Occident au Moyen-Age" - Carte géographique des déplacements des oeuvres
"Les échanges culturels entre Orient et Occident au Moyen-Age" - Carte géographique des déplacements des oeuvres

© Musée du Louvre

8Conclusion

Question bilan [à la fin de la visite]: que nous apprennent l’analyse des œuvres et cette carte sur les relations entre Orient et Occident au Moyen-Age ?
Il s’agit de relations qui vont essentiellement de l’Orient vers l’Occident, et qui montrent l’apport des Musulmans à la culture occidentale médiévale. Par ailleurs, certains de ces objets ont été transformés, alors que d’autres avaient à l’origine un usage profane et ont ensuite été utilisés pour un usage religieux, dans le culte chrétien.