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Technologies de dévotion dans les arts de l’Islam, par Finbarr Barry Flood

La Chaire du Louvre, par Finbarr Barry Flood, New York University
du 26 septembre 2019 au 10 octobre 2019
Cycle de 5 conférences "La Chaire du Louvre. Technologies de dévotion dans les arts de l’Islam : pèlerins, reliques, copies"

Avec le soutien de H. Schiller, mécène fondateur de la Chaire du Louvre

Dans un texte de 1920, Aby Warburg exprimait l’espoir que se réalise une « alliance entre l’histoire de l’art et l’étude de la religion ». Ce voeu constitue le point de départ approprié d’une série qui plaide pour la nécessité de se penche  sur les relations intimes entre les corps, les matériaux et les technologies dans les rituels de dévotion.

De la mimésis de l’architecture sacrée à la copie des textes, en passant par la répétition incarnée des rituels, deux dimensions fondamentales de la phénoménologie de la dévotion sont la reproduction et la sériation.
La culture matérielle du pèlerinage islamique est riche d’exemples – portant sur l’architecture, la matière sacrée ou les souvenirs portables –, qui ont souvent des liens avec des techniques et technologies de production et de reproduction en série, telles que la gravure, le moulage et l’estampage, comme s’il s’agissait de reproduire les « impressions » éprouvées par les pèlerins eux-mêmes. Reflétant une croyance commune en la capacité de certains matériaux à agir comme médiateurs de l’aura efficace d’un individu, d’un lieu ou d’une relique, l’efficacité perçue des objets était, peut-on penser, renforcée plutôt que diminuée par la production en série.

Souvent, les objets en question se prêtaient à des pratiques de consommation multi sensorielles, très éloignées des pratiques d’observation désincarnées, telles qu’elles ont été cultivées dans la pensée post-Lumières et canonisées dans les galeries et musées modernes.

Cette alliance entre les rituels de dévotion incarnés et les technologies de production de masse pose la plus ancienne des questions, celle de la nature de la copie, d’une manière qui nous invite à considérer sa dimension moderne très ancienne.

Prendre la mesure

Conférence par Finbarr Barry Flood, New York University (Auditorium du Louvre, 26 septembre 2019)

La reproduction des lieux saints de Jérusalem dans l'architecture chrétienne du Moyen Âge est bien documentée. Par contre, peu nombreuses ont été les tentatives de reproduire la Ka‘ba, édifice focal de l’Islam situé dans le sanctuaire de La Mecque.

La crainte que les répliques n’affaiblissent la place unique du sanctuaire mecquois décourageait les velléités. Il existe néanmoins dans le monde islamique médiéval de nombreuses tentatives d’exploitation des bénédictions par la Ka‘ba. Cependant, plutôt que de reproduire sa forme cubique si impressionnante, le lieu saint a souvent été évoqué en reproduisant certaines de ses mesures. Le phénomène met en jeu une tension entre forme et mesure, jouant sur la perception du monument médiéval tant par les dimensions que par la forme.

Incorporer par la poussière

Conférence par Finbarr Barry Flood, New York University (Auditorium du Louvre, 30 septembre 2019)

Tout comme le fait de mesurer des monuments sacrés, le prélèvement de terre sur le sol où ces monuments se dressaient – et même de la poussière qui les recouvrait – est une pratique courante des pèlerins dans de nombreuses traditions.

Rendant le lieu portable, les petits comprimés faits à partir d’argile ou de poussière de lieux saints comme Jérusalem, La Mecque ou Médine, ont longtemps été recueillis par des pèlerins, souvent estampillés avec des textes ou des images. Comme les comprimés de médicaments de l’Antiquité avec lesquels ils ont un lien, ils pouvaient être grattés ou réduits en poudre, dissous dans de l’eau et consommés pour leurs pouvoirs curatifs. Produits en masse et en série, ces objets humbles se rattachent à des rites de pèlerinage et à des traditions de guérison et de protection anciennes qui fonctionnaient par des pratiques d’incorporation au sens propre, c’est-à-dire par ingestion dans le corps.

Guérir avec des images et des mots

Conférence par Finbarr Barry Flood, New York University (Auditorium du Louvre, 3 octobre 2019)

Parmi les objets les plus énigmatiques associés au pèlerinage médiéval, il existe un groupe de coupes en laiton, richement modelées avec des images et textes gravés contenant des images de la Ka‘ba et du sanctuaire de La Mecque.
Probablement faites pour des pèlerins, elles ont été conçues pour ramener et transmettre la bénédiction du Centre sacré. Perçu comme aidant à guérir certaines maladies ou à soigner les morsures de bêtes nuisibles, leur pouvoir était activé par des liquides qui y étaient versés, bus puis absorbés. Transmettant le pouvoir de l’endroit représenté, plusieurs d’entre eux portent en outre des inscriptions les identifiant comme des copies d’originaux bien plus anciens conservés dans des bibliothèques ou des trésoreries royales. Souvent, leurs inscriptions expliquent qu’un individu malade pouvait nommer un suppléant pour l’ingestion du contenu, leurs pouvoirs étant perçus comme transmissibles par procuration et à distance. Ces objets énigmatiques sont imprégnés de logiques de reproduction et de substitution, considérées comme fondamentales pour leur efficacité.

Tracer les contours

Conférence par Finbarr Barry Flood, New York University (Auditorium du Louvre, 7 octobre 2019)

Le Prophète était généralement représenté de manière métonymique, par des images de l’empreinte de ses pieds ou de sa sandale par exemple. La relique la plus célèbre de la sandale du Prophète se trouvait conservée à Damas, de laquelle des images furent fabriquées en traçant le contour sur papier ou sur parchemin. Ces tracés du contour de la relique furent à leur tour copiés, générant une série d’images en chaîne, dont on croyait qu’elles pouvaient transmettre le pouvoir protecteur de la relique d’origine. Le phénomène soulève de nouveau la question de la nature des images, des copies et de leur médiation à la veille de la modernité.

Faire une impression

Finbarr Barry Flood (souffrant)
Texte de Finbarr Barry Flood, lu par Annabelle Collinet (Musée du Louvre), New York University (Auditorium du Louvre, 10 octobre 2019)

Le monde islamique médiéval nous offre les premiers exemples d’impressions réalisées en dehors de la Chine, des siècles avant Gutenberg.

Les utilisations précoces de ce médium sont surtout documentées pour des images et des textes considérés comme accordant une bénédiction ou une protection, ce qui met en évidence une relation probable entre efficacité et techniques d’impression, d’estampage ou d’estampillage.
L’adoption de nouvelles technologies – telles que la lithographie et la photographie – pour la reproduction d’images dévotionnelles dans le monde islamique à partir de la fin du 19e siècle pourrait donc être considérée comme un prolongement des pratiques variées d’impression et d’estampage, voire un aboutissement, plutôt qu’une rupture. Mais ces techniques ont également fait l’objet de vives controverses, qui remettaient en cause la validité même de pratiques qui avaient prospéré durant des siècles.

Informations pratiques

Le musée du Louvre, le jardin des Tuileries et la Cour Carrée sont fermés jusqu'à nouvel ordre.

Les visiteurs ayant acheté un billet en ligne pour le musée seront remboursés. Vous n’avez aucune démarche à effectuer. En raison du nombre élevé de billets à rembourser, le délai de ce traitement est estimé à trois mois.

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Chaire du Louvre 2019-2020, par Finbarr Barry Flood, New York University

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