La Rixe à l’Auberge, ou La Riña en la Venta Nueva, est une tapisserie de basse lisse tissée à la Real Fábrica de Tapices de Santa Bárbara, dans l’atelier de Cornelio Vandergoten et Livinio Stuyck y Vandergoten, vers 1777- 1778, d’après un carton de Francisco de Goya (1746 – 1828) peint en 1777.
Lorsque Goya remit a la Real Fábrica le carton de La Rixe à la Venta Nueva le 12 aout 1777 l’artiste décrivit la composition en ces termes : ≪ Cela représente une auberge ou sont arrivés cochers et muletiers de diverses régions de l’Espagne, lesquels, après avoir pris du repos, se sont disposés à jouer aux cartes ; sur ce, s’engage une bagarre et un Murcien s’en prend à deux autres personnages […] Plusieurs autres se tiennent devant la porte de l’auberge ou l’aubergiste ramasse l’argent [abandonné sur la table de jeu …] ≫.
La Rixe formait la composition centrale d’un ensemble décoratif complexe, constitué de dix tapisseries, conçu par Goya pour la Salle à manger des Princes des Asturies au Palais du Pardo. Le programme iconographique de la tenture, imposé par la commande royale était : « Divertissements à la campagne et dans les environs de Madrid ». Pour la première fois de sa carrière madrilène Goya se trouva confronté à la réalisation d’une composition dont les très grandes dimensions exigeaient une habileté ainsi qu’un esprit d’invention hors normes. Le défi que représentait cette commande royale fut pour le jeune Goya qui débutait alors dans la carrière de peintre de Cour l’occasion de réaliser, de sa « propre invention », une suite narrative dont l’ingéniosité et la cohérence poseraient les bases de la reconnaissance de son génie.
La présentation de La Rixe permettra au public d’apprécier la haute qualité du tissage de ce chef-d’œuvre de la tapisserie produit par les Manufactures royales de Santa Bárbara à Madrid et de pénétrer dans l’intimité de la création goyesque durant ces années décisives où l’artiste lutta pour asseoir sa réputation de peintre de Cour.
L’émulation littéraire, les modèles plastiques – anciens et contemporains – les controverses sur la mode et la morale de son temps, tout converge dans La Rixe à la Venta Nueva pour nous donner à saisir, par-delà la complexité des sources, la culture espagnole de la dernière décennie du brillant règne de Charles III.
Dans cette clairvoyance et ce partage de l’esprit des Lumières, il appartenait encore à Goya de transgresser les règles de l’étiquette de la Cour en instaurant dans ses compositions destinées à être tissées pour orner les palais royaux des contenus profondément novateurs dont atteste La Rixe et dont l’histoire mouvementée apportera de surcroît un témoignage exceptionnel sur le destin des œuvres espagnoles dans les collections nationales françaises durant l’Occupation nazie.