Jan Švankmajer, l’alchimiste​​​​​​​Courts-métrages

21 Octobre 2022

Jan Švankmajer, l’alchimiste

​​​​​​​Courts-métrages

FilmsLes Choses

21 Octobre 2022

Séance présentée par Pascal Vimenet, réalisateur, critique, spécialiste du cinéma d’animation

Courts-métrages, 1964-1989, 92 min.
Le Dernier Truc de Monsieur Schwarzewald et de Monsieur Edgar ; Jeu de pierres ; Don Juan ; Les Possibilités du dialogue ; Obscurité, lumière, obscurité ; La Fabrique de petits cercueils ; Flora ; Jabberwocky, ou les vêtements de paille d’Hubert Paglia ; Une autre sorte d’amour.


Cycle de cinéma : « Machins, machines, de Buster Keaton à Tim Burton »
Les Choses. Une histoire de la nature morte depuis la Préhistoire - En lien avec l'exposition


Né en Tchécoslovaquie en 1934, Jan Svankmajer a été formé à la section marionnettes de l’Académie tchèque des arts de la scène à Prague, sa ville natale. Dès son premier court métrage, The Last Trick (Le Dernier tour, 1964), le cinéaste mêle, pour raconter l’histoire de deux magiciens rivaux, poupées et animation image par image. Il reprendra par la suite, dans ses courts et longs métrages, ce singulier procédé sans doute inspiré par un théâtre de marionnettes offert pour Noël lorsqu’il avait huit ans. « J’aime dialoguer avec ma propre enfance. L’enfance est mon alter ego » écrira-t-il. Pour Michael O'Pray, spécialiste de Svankmajer, le monde du cinéaste est en effet « hautement semblable à celui des enfants. Son travail persiste à exprimer un scepticisme et un pessimisme profonds envers le monde adulte et ses conventions — ce qui est à prévoir d'un authentique surréaliste ».

Ce scepticisme et ce pessimisme profonds sont renforcés par une puissance formelle qui réside notamment dans le fait, comme le souligne l’historienne des média Christina Stojanova, que « le contraste entre les objets ou les collages faits par la main humaine (tous en un état plus ou moins avancé de détérioration) et la présence animale laissent à penser qu'ils sont utilisés en qualité d’« artefacts surréalistes, niant toute motivation psychologique », toute causalité dans le développement narratif. Ils sont aussi utilisés comme l'expression d'une suprême indifférence au sort de l'humanité et, par-là, comme les porte-parole d'un scénario plus grand qui souligne les instincts destructeurs des marionnettes du cinéaste. »

« Ce « scénario plus grand » qui se rattache au « sort de l'humanité » pourrait se définir comme une lutte, vouée à l'échec, contre l'abjection ». Totalitarisme, guerre, « mythe du progrès et de la civilisation » hantent en effet l’œuvre du cinéaste, décrit comme une « sombre alchimie », de l'animation « venue du ciel et de l'enfer » ou du « surréalisme magique ». Son cinéma a influencé et continue de le faire, des réalisateurs comme Terry Gilliam, dont le Jabberwocky (1977) se réfère directement au film éponyme de Svankmajer (1971), Tim Burton, dont The Nightmare Before Christmas, qu’il a produit en 1993, touche sans doute au plus près les procédés du maître en mêlant l'animation tactile et l'animation en direct, mais aussi les frères Quay, qui revendiquent la filiation et lui ont consacré un film The Cabinet of Jan Svankmajer - Prague's Alchemist of Film ( 1984), Michel Gondry et bien d’autres encore.