Sculptures antiques de Libye et de Syrie. Lutter contre le trafic illicite de biens culturels

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Posté le 25 mai 2021

Jusqu’au 13 décembre, le musée du Louvre présente quatre demi-statues funéraires de Cyrène, en Libye orientale, qui ont été saisies en France alors qu’elles allaient être exportées illégalement ainsi que deux reliefs à décor byzantin provenant vraisemblablement de Syrie. Ces œuvres sont temporairement présentées au Louvre afin d’alerter le public sur ces questions de patrimoine en danger.

Un patrimoine culturel en danger

Aujourd’hui les organismes publics œuvrent ensemble pour combattre le trafic d’antiquités en zone de conflit. La Libye et le Proche-Orient sont particulièrement touchés par le trafic illicite de biens culturels à l’image des sculptures saisies au lendemain des « Printemps arabes » de 2011 par la douane et la police française. Face aux évidences de destructions, pillages et vols, il n’est plus possible d’ignorer ou de sous-estimer l’ampleur des atteintes portées au patrimoine culturel au Proche-Orient. L’aspect lunaire des sites saccagés par les pillards en Syrie ou en Irak, les destructions successives du musée de Mossoul et de la cité de Palmyre en sont un parfait témoignage.

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Œuvre issue du trafic illicite des biens culturels

De Cyrène au Louvre

Sur les rives de la Méditerranée, Cyrène est l’une des plus vastes cités antiques en Afrique du Nord, et la principale colonie grecque de cette région fondée en 631 av. J.-C. Elle donna son nom à la région orientale de la Libye, la Cyrénaïque. Sur des kilomètres autour de la cité se succèdent des milliers de tombes maçonnées, des sarcophages et surtout des tombes dans la roche. C’est là que se trouvaient les divinités funéraires si typiques de la région.

Depuis les années 1980, le site est menacé par une urbanisation incontrôlée qui s’est accélérée depuis le Printemps Arabe (2011), entre accaparement des terres, constructions sans permis et afflux de réfugiés. Cela va de pair avec une augmentation sans précédent du pillage ciblé des tombes tant par des amateurs opportunistes que par des réseaux criminels prospérant à la faveur de la crise qui secoue le pays.

Les demi-statues de Cyrène

Les divinités funéraires de Cyrénaïque sont un ensemble de bustes et de demi-statues provenant de ces nécropoles en proie au pillage. Ce sont des figures féminines qui représentent une déesse des morts, dont l’image est proche de la Perséphone des Grecs. Elles puisent leur origine dans des traditions ancestrales, peut-être issues d’un mélange de cultures grecque et libyenne. On ne peut les associer à des portraits de défuntes, caril n’y a guère d’équivalent masculin à ces sculptures. D’ailleurs  un grand nombre d’entre elles étaient disposées sur des bases inscrites au nom du mort, majoritairement des hommes. 

Ces sculptures étant typiques des nécropoles de la cité grecque de Cyrène, il a donc été possible de les identifier et de les saisir lorsqu’elles ont transité par la France, afin de contribuer à la protection du patrimoine libyen. Parallèlement sont également présentées deux plaques de marbre au décor foisonnant, provenant peut-être  de Syrie et saisies pour les mêmes raisons. Une fois les procédures judiciaires en cours instruites, ces œuvres ont vocation à retourner dans leurs pays d’origine.

À voir jusqu’au 13 décembre 2021, salle 172, Aile Denon niveau -1

Voir le plan du musée

Commissaires

Ludovic Laugier, Vincent Michel

Pour aller plus loin


Crédits photographiques : © Douane française / Patrice Pontié

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