
L’Album d’Italie d’Anne-Louis Girodet (1767-1824)
30 Mars 2026
L’Album d’Italie d’Anne-Louis Girodet (1767-1824)
ConférencesMusée en mouvement
30 Mars 2026
Par Laura Angelucci, musée du Louvre
Le Cabinet des dessins du musée du Louvre conserve un rare album réunissant de nombreuses feuilles de carnets de voyage dessinés par Girodet lors de son séjour en Italie (1790-1795). Copies d’après l’Antique et les maîtres italiens, vues et paysages pris sur le vif restituent les lieux, les collections et les oeuvres qui furent alors au centre des intérêts de l’artiste. L’album présente un témoignage exceptionnel de son expérience italienne.
Un carnet de voyage conservé dans les collections du département des Arts graphiques du musée du Louvre
Lauréat du Grand Prix de la Peinture en 1789, Girodet quitte en avril de l’année suivante Paris pour Rome, où il pense séjourner quatre années en tant que pensionnaire de l’Académie de France. Lors de son voyage vers la Ville éternelle, de brefs arrêts à Turin, Parme, Bologne et Florence lui donnent un premier aperçu d’un pays dont la beauté des paysages et des monuments le frappe plus encore que la peinture. Dès son arrivée à Rome (30 mai 1790), sa passion pour l’Antique s’affirme avec force, face aux collections et édifices romains.
Après presque trois années passées à étudier l’Antique et les maîtres, et à dessiner les paysages de la campagne romaine, c’est à la suite de l’assassinat d’Hugou de Bassville (13 janvier 1793) et du saccage du palais Mancini, siège de l’Académie de France à Rome, que Girodet s’enfuit précipitamment à Naples. Au moment de l’expulsion des Français par décret du roi Ferdinand IV de Bourbon (1er septembre 1793), il obtient plusieurs sursis en raison de sa mauvaise santé, ce qui lui permet de prolonger un séjour à Naples qu’il ponctue d’excursions dans la campagne environnante et même jusqu’à Sorrente. Fin mars 1794, il quitte la ville parthénopéenne pour Venise, d’où il pense revenir en France en passant par la Suisse. Parti pour Manfredonia (Foggia), lieu de son embarquement sur l’Adriatique, il est arrêté à mi-chemin à Ariano Arpino (Avellino) comme suspect révolutionnaire et incarcéré pendant une quinzaine de jours.
Arrivé enfin à Venise le 21 mai, Girodet ne repartira de la ville que fin janvier 1795, après plusieurs mois passés à visiter la Lagune et les villes limitrophes, comme Padoue ou les bains d’Abano, où il suit l’été une longue cure thermale. Après un court voyage d’études à Florence, entre mars et avril, toujours malade, il s’embarque début mai à Livourne pour Gênes, où il rejoint son ami Gros, qui y réside depuis environ deux ans. Quatre mois et demi plus tard, l’envie de rentrer à Paris le pousse à entreprendre son voyage de retour, que les circonstances de la guerre annoncent cependant comme long et difficile en raison du blocus du port de Gênes par les Anglais, ce qui l’oblige à passer par le col du Saint-Bernard et la Suisse.
Absent de Paris pendant cinq ans et demi (avril 1790-octobre 1795), Girodet a donc parcouru l’Italie de long en large : Turin, Parme, Bologne, Florence, Rome, Naples, Foggia, Venise, Padoue, et encore Florence, Gênes et Alexandrie.
Objet de cette présentation, le carnet de voyage de Girodet conservé au département des Arts graphiques du musée du Louvre offre une trace visuelle du périple italien de l’artiste à travers ses nombreuses copies d’après l’Antique et les maîtres italiens, des vues et des paysages restituant lieux, collections et œuvres d’art qui étaient alors au centre de ses intérêts. Plusieurs dessins résultent de séances d’étude et de travail menées avec Gros lors de leur séjour à Gênes, quand les deux peintres travaillèrent côte à côte en échangeant de nombreux modèles et copies. D’autres feuilles évoquent leur proximité à Gênes avec le banquier franco-suisse Jean-George Meuricoffre et avec son épouse, la célèbre chanteuse d’opéra Celeste Coltellini. D’autres encore attestent de son départ de Naples le 31 mars 1794 en direction des Pouilles et de Manfredonia ou bien évoquent les circonstances de son arrestation le lendemain de cette date aux alentours d’Ariano Arpino, alors qu’il était en train de dessiner la ville depuis les hauteurs d’une colline. Toutes ces feuilles restituent ainsi un témoignage particulièrement vif et détaillé du voyage de l’artiste en Italie pendant les années de la Révolution.
Laura Angelucci
Diplômée de l’Université « La Sapienza » de Rome en histoire de l’art, diplômée de l’École de spécialisation en histoire de l’art moderne et contemporaine de Rome, elle est ingénieur d’études, chargée d’étude et de recherche au département des arts graphiques du musée du Louvre. Elle a contribué à de nombreuses expositions et publications du département consacrées au dessin italien du XVe et du XVIe siècle : Verrocchio, Lorenzo di Credi Francesco di Simone Ferrucci (2003), Polidoro da Caravaggio (2007), Baccio Bandinelli (2008), Beccafumi (2009). Co-commissaire des expositions Giulio Romano (2012), Pamigianino, dessins du Louvre (2015-2016) et Giulio Romano « con nuova e stravagante maniera » (Mantoue, 2019), elle est co-auteur des études qui ont accompagné la publication en fac-similé des albums de dessins de Pollaiolo (2016) et de Fra Bartolomeo (2024) conservés au Louvre et auteur de l’Inventaire des dessins d’Antoine Jean Gros au Louvre (2019) et du Carnet Meuricoffre : portraits d’Antoine Jean Gros (2022). Elle est également chargée de cours à l’École du Louvre.