La conférence retrace l'histoire et la signification religieuse du grand centre cultuel de Soknopaiou Nesos (Dime es-Seba « la ville des lions »), dans le Fayoum, dédié au dieu crocodile Sobek, divinité principale de la province depuis l'Ancien Empire. Sobek connaît de nombreux avatars en Égypte en général et dans le Fayoum en particulier : identifié à Horus, il appartient à la triade Isis/Osiris/Sobek-Horus et le Livre du Fayoum le présente comme un dieu solaire et démiurge, créateur du monde et protecteur de la royauté.
Les recherches archéologiques de la mission de l'université du Salento ont démontré que Soknopaiou Nesos n'était pas une fondation exclusivement ptolémaïque, mais un centre de culte fréquenté depuis le Nouvel Empire (1550-1070 avant J.-C. env.) avec une continuité rituelle de plus de seize siècles. La grande enceinte, le téménos, conserve principalement des structures de l'époque romaine (30 avant J.-C. - 395 après J.-C.) ; un vaste temple monumental, des chapelles, un mammisi – temple de la naissance divine –, des bâtiments pour les banquets rituels et une imposante voie processionnelle, le dromos, sur lequel le dieu était porté lors de fêtes qui avaient lieu environ 155 jours par an.
La découverte récente, sous le temple ptolémaïque, d'un grand édifice plus ancien et d'une statue de Ramsès II (1279-1213 avant J.-C. env.), confirme l'importance du culte au cours des siècles qui ont précédé le règne des Ptolémées (332-30 avant J.-C.). La chapelle adossée ST203, probablement dédiée à « Soknopaios qui écoute les prières » et à Isis-Neferses (« au beau trône »), est également particulièrement significative. Une maquette architecturale à l'échelle, unique en Égypte, a été découverte, témoignant de la conception du bâtiment.
Le mammisi abritait des momies de crocodiles et conserve les preuves de rituels annuels célébrant la mort d'Osiris et la naissance d'Horus, pratiques encore en vigueur à l'apogée de l'Empire romain. Les inscriptions grecques et démotiques ainsi que les matériaux archéologiques témoignent d'un environnement multilingue et multiculturel, où cohabitent traditions égyptienne et gréco-romaine. Dans l'ensemble, Soknopaiou Nesos apparaît comme l'un des sanctuaires les mieux connus du Fayoum, à la fois le centre d'un culte universel, oraculaire et solaire, également lié aux milieux militaires à l'époque romaine, et caractérisé par une monumentalisation progressive des édifices sacrés.