Jacques-Louis David

15 octobre 2025 – 26 janvier 2026

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  • vue de l'œuvre La Mort dans l'âme - 1

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La Mort dans l'âmeJacques-Louis David
La Mort de Socrate, 1787
Huile sur toile, 129,5 x 196,2 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art, Catharine Lorillard Wolfe collection, Wolfe Fund, Inv. 31.45

David et Jean-François Pierre Peyron présentent tous deux au Salon de 1787 une toile intitulée La Mort de Socrate. Celle de David lui a été commandée par Charles-Michel Trudaine de la Sablière, cadet d’une dynastie de grands commis de l’État, ouvert aux idées libérales. Le comte d’Angiviller, directeur général des Bâtiments du roi, destine celle de Peyron à Louis XVI.

La principale difficulté du sujet réside dans son caractère peu pictural. Il convient d’inventer une solution formelle, juste équilibre entre la dramatisation excessive, étrangère au philosophe, et l’immobilisation artificielle de l’action. L’influence de Poussin, qui a produit des tableaux monumentaux, statiques et d’une haute élévation morale, est capitale pour parvenir à une expression juste, qui réalise l’unité du fond et de la forme. 

La représentation ne relève pas d’une fidélité à la lettre aux sources écrites, qu’elles émanent de Platon ou de Xénophon. Ainsi Platon, figuré assis au pied du lit sur lequel se tient Socrate, était absent. David se pose en créateur et non en illustrateur. Il tente de traduire la grandeur du Philosophe et d’actualiser le message moral que porte cette mort.
Quand leurs prédécesseurs avaient représenté Socrate mourant après avoir ingéré le poison, David et Peyron choisissent l’instant précis où, achevant son discours, Socrate s’apprête à saisir la coupe. Ce moment concentre les rapports de Socrate et de ses disciples, son enseignement, sa condamnation, son acceptation de la mort et le désespoir de ses amis et de sa famille. 

David opte pour un degré d’abstraction radical : nudité du décor, austérité du coloris, rigueur du dessin et de la composition, éclairage étale unifiant la scène en refusant toute dramatisation. Socrate va mourir dans la dignité de sa fonction prédicative. L’index pointé, geste traditionnel de la rhétorique inspiré du personnage de Platon dans L’École d’Athènes de  Raphaël, désigne la loi, qui justifie et transcende son supplice. Diderot définissait Socrate comme un martyr. La présence de treize personnages et la composition centrée autour de la coupe constituent autant de références à la Cène, dans une sorte de transfert de piété dans la sphère laïque.

  • La Mort de Socrate

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