Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Œuvres & Palais>Collections et départements>Stèle de Mesha

Œuvre Stèle de Mesha

Département des Antiquités orientales : Levant

Stèle de Mesha, roi de Moab, commémorant sa victoire sur les rois d'Israël de la dynastie d'Omri

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

Antiquités orientales
Levant

Auteur(s) :
Annie Caubet

La stèle du roi Mesha nous livre un des plus importants témoignages directs sur l'histoire du monde de la Bible. Le texte est rédigé à la gloire du souverain dont il célèbre les grandes constructions et les victoires remportées sur le royaume d'Israël au temps d'Achab, descendant d'Omri. La mention écrite d'"Israël" est la plus ancienne occurrence connue. Dhiban, antique Dibôn, où fut découverte la stèle, est la capitale de ce royaume de Moab, installé sur la rive gauche de la mer Morte.

Une découverte mouvementée

L'histoire de la découverte de cette stèle en 1868 et son arrivée au musée du Louvre sont assez pittoresques. Il faut avoir à l'esprit l'atmosphère de cette époque où l'arrière-pays de la Terre sainte s'ouvrait à peine aux chercheurs et missionnaires. Une expédition sur les rives droites de la mer Morte était encore pleine de dangers. À Jérusalem, les savants rivalisaient dans une quête fiévreuse d'inscriptions et de témoignages matériels relatifs à la Bible, ce qui encouragea certains marchands d'antiquités et leurs intermédiaires à se livrer à quelques falsifications : les plus célèbres sont les faux de Moab, des poteries grossières imitées précisément du texte de la stèle de Mesha que l'on venait de découvrir. Il faut rendre hommage à la sagacité de Charles Clermont-Ganneau (1846-1923), à qui l'on doit le sauvetage de la stèle. À Jérusalem, le grand orientaliste, disciple d'Ernest Renan, avait appris par un missionnaire alsacien, F. A. Klein, qu'il existait à Dhiban, un gros bloc de pierre noire couvert de caractères : il envoya d'abord un intermédiaire arabe de Jérusalem, Sélim al-Qarim, qui en fit en octobre 1869, une copie schématique (aujourd'hui au Louvre) qui permit à Clermont-Ganneau de reconnaître l'importance et la date ancienne du monument. Il envoya alors un deuxième intermédiaire, Yaqoub Karavaca, pour faire un estampage, en décembre 1869. On ne sait comment ni pourquoi exactement cette opération excita la colère des villageois : dans la dispute, l'estampage fut déchiré (mais les morceaux sont parvenus à Clermont-Ganneau puis au Louvre) et la stèle, jusqu'alors intacte, fut brisée en nombreux morceaux envoyés sur le marché des antiquités de Jérusalem. De subtiles négociations permirent à Clermont-Ganneau d'en récupérer les deux principaux ainsi que des débris, d'autres parvinrent au grand fouilleur britannique de Jérusalem, le capitaine Warren et la société de la Palestine Exploration Fund, ainsi qu'au professeur Schlottmann, de la société orientale germanique (Deutsches Morgenlandisches Geselleschaft). Apprenant que le Louvre avait acquis les morceaux recueillis par Clermont-Ganneau, la Palestine Exploration Fund lui fit généreusement don de ses fragments et la fille du professeur Schlottman offrit le sien en 1891.

Une stèle de victoire royale

La forme cintrée, le basalte employé, sont caractéristiques des stèles votives élevées dans les pays du Levant depuis l'âge du bronze, d'Ougarit sur le littoral syrien, à Hazor en Galilée. L'absence totale de représentation figurée est en revanche une exception, comme la place majeure donnée au texte. Avec ses trente-quatre lignes, c'est "la découverte la plus importante qui ait jamais été faite dans le champ de l'épigraphie orientale", pour reprendre l'exclamation d'Ernest Renan. La glorification du roi et des actions de son règne est conforme à une littérature traditionnelle de l'idéologie royale dans l'Orient ancien et l'Égypte. L'inscription livre la plus ancienne occurrence écrite du mot Israël et constitue la source documentaire la plus détaillée sur le royaume de Moab et sa rivalité avec le royaume d'Israël depuis l'époque du roi Omri et de ses successeurs, en particulier Achab (voir la Bible, Livre des Rois, II, 3,4). Il livre également le nom du grand dieu de Moab, Kamosh, dont Mesha se dit le "fils" spirituel. Kamosh est probablement une divinité de l'orage qui apparaît aussi sans doute sur une autre stèle moabite, anépigraphe cette fois, la stèle découverte à Schihan représentant un dieu guerrier brandissant une lance dans l'attitude coutumière des stèles levantines. Les victoires et les constructions de Mesha concernent surtout les territoires au nord de Moab, avec la tribu de Gad et Madaba.

Dibôn, capitale du royaume de Moab

L'identification du site moderne de Dhiban avec la Dibôn biblique est assurée par le texte de la stèle et par les fouilles américaines des années qui ont versé un nouvel éclairage sur la capitale du royaume de Moab. Le site est occupé depuis le début du IIe millénaire, les niveaux de la période moabite (IXe -VIe siècles) sont bien représentés par un bâtiment officiel (peut-être un palais) et un sanctuaire qui a livré un support d'autel en terre cuite. Un "quartier royal" appuyé sur un mur imposant comprenait un podium où se dressait une tour, et correspondrait aux constructions décrites par Mesha.

Bibliographie

Traduction du texte

La stèle se présente aujourd’hui avec des manques importants, probablement disparus à jamais, complétés en plâtre grâce à l’estampage qui en a été effectué avant sa destruction partielle. La fin a disparu.

"Je suis Mesha, fils de Kamosh, roi de Moab, le Dibônite. Mon père a régné sur Moab pendant trente ans et moi je suis devenu roi après mon père. J’ai fait ce haut lieu pour Kamosh dans Qarhôh car il m’a sauvé de tous les rois et m’a fait jouir de la vue de tous mes ennemis. Omri avait été roi d’Israël et il avait opprimé Moab pendant longtemps car Kamosh s’était mis en colère contre son pays. Son fils lui avait succédé, lui aussi : « J’opprimerai Moab ! » De mon temps, il avait parlé ainsi mais j’ai joui de sa vue et de celle de sa dynastie : Israël a été anéanti à jamais ! Or Omri avait pris possession du pays de Madaba et l’avait colonisé de son temps et pendant la moitié du temps de ses fils : quarante ans, mais Kamosh l’a restitué de mon temps. J’ai rebâti Qiryaten. Les Gadiens avaient habité depuis toujours dans le pays d’Atarot et le roi d’Israël s’était bâti Atarot mais j’ai combattu contre la ville et l’ai prise ; j’en ai tué tous les gens et la ville appartint à Kamosh et à Moab ; j’en ai rapporté l’autel des holocaustes de leur dieu bien aimé et l’ai traîné devant Kamosh à Qeriyot. J’y ai installé des gens de Sharon et de Maharot. Kamosh m’a dit : « Va, prends Neboh sur Israël ! » et je suis allé de nuit. J’ai combattu contre elle depuis le lever de l’aube jusqu’à midi ; je l’ai prise et j’en ai tué tous les habitants, sept mille hommes et garçons, femmes et filles et même les femmes enceintes car je les avais vouées à Ashtar-Kamosh. Et j’y ai pris les autels des holocaustes de Yahvé et les ai traînés devant Kamosh. Le roi d’Israël avait bâti Yahats et l’avait colonisée en combattant contre moi mais Kamosh l’a chassé devant moi. J’ai pris de Moab une troupe de deux cents hommes en tout, je les ai portés contre Yahats et l’ai prise pour l’annexer à Dibôn. C’est moi qui ai bâti Qarhôh, la muraille des parcs et la muraille de la citadelle. C’est moi qui ai bâti ses portes et c’est moi qui ai bâti ses tours. C’est moi qui ai bâti le palais royal et c’est moi qui ai fait les digues du réservoir pour les eaux de l’intérieur de la ville. Il n’y avait pas de citerne à l’intérieur de la ville à Qarhöh, alors j’ai dit à tous les gens : « Faites-vous chacun une citerne dans votre maison ! » Je fis creuser les fossés pour Qarhôh par les prisonniers d’Israël. C’est moi qui ai bâti Aroër et c’est moi qui ai rebâti Bet Bamôt car elle était détruite. C’est moi qui ai rebâti Betser, car c’étaient des ruines avec cinquante hommes de Dibôn car tout Dibôn m’était soumis. C’est moi qui ai régné sur la centaine de villes que j’ai annexées au pays. C’est moi qui ai bâti le temple de Madaba et le temple de Diblaten et le temple de Baalmeôn et j’y ai érigé mes sanctuaires pour sacrifier le petit bétail du pays. Quant aux Hôronen, y habitait… et Kamosh m’a dit : « Descends, combats contre Hôronen ! » Et je suis descendu et j’ai combattu contre la ville et l’ai prise. Et Kamosh l’a restituée de mon temps et j’ai remonté de là dix…C’est moi qui…"
(traduction A. Lemaire, 1986)

Cartel

  • Stèle de Mesha, roi de Moab, commémorant sa victoire sur les rois d'Israël de la dynastie d'Omri

    Age du Fer (vers 800 avant J.-C.)

    Dibân

  • Basalte

    H. : 1,15 m. ; L. : 0,60 m.

  • AO 5066

  • Antiquités orientales

    Aile Sully
    Rez-de-chaussée
    Levant
    Salle 303

Informations pratiques

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai, 8 mai et 25 décembre

Information in other languages

Newsletter

Entrez au musée en moins de 30 minutes
en achetant votre billet en ligne :

Achetez votre billet