« En matière de restauration, les applications 3D ouvrent des perspectives vertigineuses. »

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Le 26 février 2026

A partir du 18 mars prochain, l’exposition d’actualité du département des Antiquités égyptiennes sera consacrée à la stèle d’Imény, un monument inscrit datant du Moyen Empire (2040 – 1782 av. J.-C.). Retour, en compagnie de Julien Siesse, documentaliste scientifique, sur le parcours surprenant d’un objet entré dans les collections du Louvre il y a plus de cent-cinquante ans.

Quel est le sujet de l’exposition d’actualité qui ouvrira le 18 mars prochain ?
L’exposition sera consacrée à la stèle d’Imény, un monument funéraire datant du Moyen Empire, vers 1850 avant notre ère. Le Commanditaire de cette stèle, Imény, était un fonctionnaire d’Amenemhat II, le troisième roi de la douzième dynastie. Il exerçait les missions de contrôleur des travaux. Selon les informations consignées sur sa stèle, il serait intervenu dans différents temples et aurait pris part au chantier de la pyramide du roi. Il aurait également supervisé des grands projets statuaires. Si Amenemhat II n’est pas le plus connu des pharaons, un monument daté de son règne l’est davantage des visiteurs du Louvre. Il s’agit du sphinx dit « de Tanis », car provenant du site éponyme, qui accueille les visiteurs dans la crypte introduisant au département.

D’où vient précisément cette stèle ?
Elle était installée, avec d’autres, à Abydos, près du temple d’Osiris, le dieu des morts. Les membres de l’élite souhaitaient y posséder une chapelle dans laquelle étaient rassemblées des stèles, des statues ou des tables d’offrande, à proximité de la divinité et des voies processionnelles qu’empruntait sa statue lors des festivités associées à son culte. 

Quand a-t-elle été découverte ?
Elle est documentée au milieu du XIXsiècle dans la collection d’un diplomate, Giovanni Anastasi. Consul pour la Suède et la Norvège, il a dispersé aux enchères sa collection d’objets égyptiens à l’issue de son mandat. Le Louvre a acquis plusieurs de ces objets à la vente de 1857.

Comment vous êtes-vous intéressé à la Stèle d’Imény ?
Depuis 2016, je suis en charge du catalogue raisonné des stèles du Moyen Empire, en collaboration avec Lilian Postel, professeur à l’Université de Lyon. Un travail qui s’accompagne d’un projet d’étude, de restauration et de nouvelles prises de vue. Quand j’ai commencé le récolement de cette série, la stèle d’Imény, brisée à une date indéterminée, ne figurait pas parmi les monuments les plus remarquables. 

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Stèle d'Imény avant restauration

Comment ce monument fait-il désormais l’objet d’une exposition d’actualité ?
J’ai d’abord essayé de le documenter, et me suis penché sur la bibliographie regroupant ses plus anciennes attestations. J’ai alors découvert un dessin de la stèle datant de 1837, avant son acquisition par le Louvre. A l’époque, elle était encore complète. J’ai poursuivi mes recherches dans les premiers guides du Département des Antiquités égyptiennes, et me suis aperçu qu’elle était encore exposée, intacte, jusqu’en 1870, ce qui n’était plus le cas d’après un guide de 1932. 

Que lui était-il arrivé entre-temps ?
C’est précisément la question que je me suis posée. J’ai commencé à enquêter dans les archives pour déterminer s’il n’y était pas fait mention d’un incident au cours de laquelle elle aurait été brisée. Par hasard, alors que je travaillais sur un tout autre sujet, je suis tombé sur un procès-verbal du "Conservatoire", qui réunissait les conservateurs des musées nationaux. Il mentionnait qu’en octobre 1870, durant le stationnement de troupes prussiennes au Louvre, une stèle avait été brisée dans la galerie Henri-IV, l’actuelle salle du Temple. Aucun numéro d’inventaire n’était consigné, mais l’hypothèse était séduisante. D’autant que la partie centrale avait été endommagée, celle qui manque à la stèle d’Imény. Par ailleurs, un autre facteur a piqué ma curiosité.

Lequel ?
Il était écrit que grâce à l’estampage de la stèle - une empreinte sur papier du monument qui permettait d’en étudier plus facilement les inscriptions, il serait peut-être un jour possible de restaurer la partie manquante. Un estampage de la stèle d’Imény avait, en effet, été effectué par l’égyptologue Théodule Devéria, avant que la stèle ne soit brisée. Le projet de restauration n’avait cependant jamais été concrétisé. Plus de 150 ans après il a enfin été mis en œuvre.

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Estampage de la stèle d'Imény

Quelle démarche avez-vous suivie ?
Avec Sophie Duberson, la restauratrice attachée au département des Antiquités égyptiennes, par ailleurs spécialiste du lapidaire, nous nous demandions comment aborder cette restauration. La présentation du pôle 3D du GrandPalaisRmn à l’automne 2024 nous a permis d’envisager comment procéder.

Dans quelle mesure ?
La 3D permettait de restituer la partie manquante de la stèle. En scannant l’estampage de la stèle il était possible de réaliser un moule. En l’emplissant d’un mélange de résine et de plâtre, nous pourrions obtenir une réplique du fragment manquant de la stèle.

Etiez-vous habitué à utiliser ce genre de procédé ?
La technologie 3D a déjà été utilisée pour modéliser des raccords en statuaire, entre un corps et une tête par exemple, pour éviter d’avoir à déplacer différents fragments d’un monument conservés dans des lieux différents. Mais une restauration comme celle que nous avons effectuée n’avait jamais été entreprise au Louvre auparavant.

Vous êtes-vous heurté à certaines difficultés ?
La première crainte lorsqu’on entreprend ce genre d’opération, c’est que la restauration soit trop “illusionniste’’, et que l’on ne fasse plus la différence entre le fragment restauré et les éléments originaux. Il faut donc veiller à ce que le tirage ne soit pas trop parfait pour ne pas duper le visiteur. 

Quelles ont été les différentes étapes de l’opération ?
En janvier 2025, Sophie Duberson a commencé à nettoyer et consolider les fragments subsistants de la stèle, afin de retrouver la couleur d’origine du calcaire. Les équipes du pôle 3D de la RMN ont ensuite modélisé les fragments, ainsi que l’estampage – une première pour eux également. Le tirage obtenu à partir du moule a pu être testé à l’été 2025 par les ateliers de moulages du GrandPalaisRmn.

Verdict ?
Malheureusement, les différents éléments ne coïncidaient pas parfaitement. Compte tenu de la déformation du papier d’estampage, qui s’est rétracté, effets conjugués du temps et du climat, l’empreinte ne correspondait plus parfaitement au fragment original. Cela s’est joué à 3mm, mais c’était suffisant pour que les parties ne s’emboîtent pas… 

Comment avez-vous surmonté cet écueil ?
Des ajustements marginaux ont permis que les différents éléments coïncident. Une maître patineuse est ensuite intervenue sur la partie restaurée pour obtenir une finition qui soit à la fois visuellement harmonieuse par rapport aux fragments originaux et en même temps immédiatement identifiable.

Ces procédés novateurs ouvrent-ils des perspectives ?
Cette restauration fait figure de test. Nous sommes très satisfaits, mais nous attendons de voir comment la stèle sera accueillie. Il est certain qu’en matière de restauration, les applications 3D ouvrent des perspectives vertigineuses. La modélisation permet de procéder à des essais de restauration virtuels. C’est une possibilité intéressante, qui peut aider lors de choix difficiles.

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Samuel Sharpe, Dessin de la stèle d'Imeny

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