À L’invitation du Louvre, Jean-Marie Appriou vient d’achever une gravure destinée à sa collection d’estampes contemporaines. Issue d’une collaboration entre l’artiste, le Louvre et les artisans d’art de l’Atelier de Chalcographie de la RMN-Grand Palais, son œuvre s’intitule Constellation du Louvre.
Le terme de chalcographie est composé des mots grecs chalcos : « cuivre » et graphô : « l’écriture ». Fondée en 1797, « La Chalcographie du Louvre » désigne le conservatoire de ce savoir-faire et le nom de la collection nationale de plaques et d’estampes du musée du Louvre. Au début des années 1990, l’institution s’ouvre à la commande contemporaine. Elle conserve actuellement plus d’une quarantaine de plaques notamment réalisées par Louise Bourgeois, François Morellet, Annette Messager, Barthélémy Toguo ou encore Giuseppe Penone.
Sous une impulsion récente, la chalcographie du Louvre a invité ses résidents à se réancrer sur la matière du musée, son histoire comme ses collections, en tirant parti des myriades de possibilités techniques que l’atelier met à leur disposition. L’entrée de la plaque de Jean-Marie Appriou dans la collection du Louvre marque le signal de ce renouveau : les chalcographies contemporaines se lieront désormais au patrimoine d’un palais-musée qui a abrité la collection des rois comme celle de la Révolution à l’issue de laquelle la gravure, entre reproduction et diffusion, s’associe à la démocratisation des images.
Comme le rappelle Jean-Gérald Castex, conservateur au département des Arts graphiques, un dialogue s’instaure entre les artistes invités et l’Atelier avant d’attaquer la plaque. Lucile Vanstaevel et Marius Tessier, graveurs de l’Atelier de chalcographie de la RMN-Grand Palais, soulignent combien ces « conversations préparatoires » sont décisives pour cerner le répertoire de techniques, d’outils et de gestes envisagés pour transformer le cuivre.
Selon une idée courante, la gravure se résume à creuser des sillons sur un support à l’aide d’un outil comme la pointe sèche ou le burin. Il ne s’agit là que de la « gravure directe ». Jean-Marie Appriou use principalement de procédés dits indirects. Dans la gravure chimique, l’artiste peut dessiner avec un pinceau imbibé de vernis ou d’acide. Le vernis protège certains endroits choisis du cuivre, l’acide ronge directement la surface. Certaines parties de la plaque peuvent être plongées intégralement dans un bain d’acide. Différents temps d’exposition à l’acide impliquent différentes morsures. Celles-ci n’apparaitront qu’une fois « l’image tirée » : lorsqu’on presse la plaque, enduite d’une encre grasse, contre une feuille de papier où se révèle alors l’image.
Une meute de références
Au plus haut de l’estampe, dans un ciel piqué d’étoiles, un lion renversé rugit en apesanteur. Une colombe, déposée sur l’aile d’un aigle, s’apprête à prendre son envol. Solidement appuyé sur le dos d’une Louve, le rapace jouxte l’ombre portée d’un cheval sur lequel se découpe une salamandre dont la longue queue isole un chacal.
Cette meute, composée d’espèces différentes, semble faire alliance. S’il a très peu soustrait de matière, Jean-Marie Appriou a enlevé d’autres éléments. Il évoque ainsi : « une fable animalière sans morale, une peinture d’histoire sans espace-temps habituel. L’espace et le temps se donnent sur le mode de l’énigme. Les étoiles disent le ciel. L’ombre du cheval implique la lumière du soleil qui se projette sur lui. Il y a donc des astres, et il y a notre astre ».
Reste le temps : chaque animal opère comme une référence : la louve flirte avec l’étymologie du mot Louvre ; la salamandre est l’emblème de François Ier qui lança les travaux de la Cour Carrée ; « le lion jouant avec une pelote d’étoiles est une citation de toiles de Rubens » et le symbole de la royauté ; le cheval désigne une sculpture équestre de Louis XIV du Bernin, lancé vers le Sud-Ouest en direction de Versailles ; le chacal représente Anubis ; l’aigle Napoléon ; et la colombe cet « éclat de liberté contemporain » des Oiseaux peints par Georges Braque sur le plafond de la salle Henri-II en 1953.
Colombe, détail de Constellation du Louvre
Jean-Marie Appriou aime rappeler que l'ukiyo-e japonais, désignant notamment les estampes gravées sur bois, signifie aussi « image du monde flottant ». À l’image de ces « mondes flottants », l’artiste n’emprisonne pas ses animaux dans la cage d’une histoire figée. Il emprunte la morphologie de la louve au cinéma d’animation d’Hayao Miyazaki, le dessin de la colombe au film d’Allan Parker « Pink Floyd. The Wall », le mouvement de la salamandre à plusieurs estampes japonaises.
Dans le ciel de cette plaque, ces références historiques, souvent liées au pouvoir des monarques et empereurs, se mêlent à des cultures dites « populaires », « d'animation » ou encore « extra-occidentales ». Un simple pinceau à l’acide peut dissoudre les fixités de ces labels, faire scintiller des mondes qui ne communiqueraient pas, relier de lointaines étoiles par le trait d’une constellation.
Jean-Marie Appriou, Constellation du Louvre, eau-forte et aquatinte, tirage sur papier Somerset 300g (white textured) avec papier Japon appliqué, 87 x 65 cm, 450 €
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