Les Femmes d’Alger de Delacroix retrouvent leurs couleurs

Restauration

Posté le 13 janvier 2022

Après les Scènes des massacres de Scio en 2019, la campagne de restauration des grands formats d'Eugène Delacroix s'est poursuivie en 2021 avec les Femmes d'Alger dans leur appartement. Le retour de l'œuvre dans les Salles Rouges depuis le 12 janvier 2022 donne à chacun l’occasion de mesurer à quel point Delacroix était un virtuose de la couleur.

Delacroix et l'Orient

En 1832, Delacroix, déjà célèbre pour La Barque de Dante et La Liberté guidant le peuple, séjourne un mois au Maroc. Avant de rentrer à Paris, il fait étape quelques jours à Alger, alors sous domination coloniale et militaire française, où il fut autorisé à entrer dans une maison musulmane. À son retour il peint Femmes d'Alger dans leur appartement, qu’il présente au Salon de 1834. Après avoir été acquis par l’État et exposé au musée des artiste vivants (au palais du Luxembourg), le tableau entre au Louvre en 1874.
 

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Eugène Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement (après restauration, 2021) Salle 700 (Salle Mollien), Aile Denon, Niveau 1

Sous les couches de vernis jaunis

La couche picturale du tableau est restée en bon état, sans usure et avec très peu de retouches au fil du temps. Mais son appréciation visuelle s’était dégradée depuis plusieurs décennies, en raison des nombreuses couches de vernis oxydés qui le recouvraient. Cet écran épais provoquait un jaunissement, un assombrissement et un aplanissement optique de la composition : les blancs, pourtant très variés, étaient ramenés à la même teinte ocre, l’opacité des vernis réduisait l’illusion de profondeur de l’espace, tandis qu’on distinguait avec peine les objets évoqués à l’arrière-plan (le meuble d’encoignure, les tissus roulés en boule, les variations du carrelage mural).

Or une visibilité aussi altérée réduisait progressivement l’œuvre à son seul sujet ; on perdait de vue la virtuosité coloriste qui avait fait des Femmes d’Alger un modèle pour la génération des peintres impressionnistes et néo-impressionnistes. Fantin-Latour l’a copié, Renoir l’a imité, Paul Signac l’a érigé en leçon « d’application de la méthode scientifique » du contraste simultané des couleurs. 

La restauration d’une icône de la peinture moderne

Après avoir fait l’objet d’une campagne d’imagerie scientifique permettant de mieux comprendre son histoire matérielle,  l’œuvre est passée entre les mains expertes de Bénédicte Trémolières (pour la couche picturale) et de Luc Hurter (pour le support en toile) dans l'atelier du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). 

La majeure partie des vernis altérés a été otée ; l'aspect de certaines gerçures de matière a été atténué. Un nouveau vernis naturel a achevé de rendre la saturation et le contraste des couleurs. L'œuvre peut aujourd'hui être appréciée en comprenant ces lignes du peintre Paul Signac :  « Dans les Femmes d’Alger, […] toutes les teintes chaudes et gaies s’équilibreront avec leurs complémentaires froides et tendres en une symphonie décorative, d’où se dégage à merveille l’impression d’un harem calme et délicieux » (D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, Paris, 1899). ».

La campagne se poursuivra au premier semestre 2022 avec l’étude préalable à la restauration d'un autre chef-d'œuvre de Delacroix, la Mort de Sardanapale  — restauration qui sera réalisée grâce au mécénat de Mme Isabelle Ealet.

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Eugène Delacroix, Mort de Sardanapale Salle 700 (Salle Mollien), Aile Denon, Niveau 1

Les Scènes des massacres de Scio et les Femmes d'Alger dans leur appartement sont à découvrir ou redécouvrir côte à côte dans la salle 700, au premier étage de l'aile Denon. 


À voir

Les « Femmes d’Alger » d’Eugène Delacroix : revoir un chef-d’œuvre grâce à sa restauration, conférence par Sébastien Allard et Côme Fabre, musée du Louvre, et Bénédicte Trémolières, restauratrice, mercredi 2 mars à 12 h 30, à l’Auditorium Michel Laclotte.

Vous voulez en découvrir plus sur le travail du peintre Eugène Delacroix ? Venez découvrir son dernier appartement et son dernier atelier à l’occasion d’une visite du musée national Eugène-Delacroix (gratuit dans les 48h suivant la visite du musée du Louvre).


Pour les besoins de la rédaction certains passages de cet article ont été extrait du texte rédigé par Côme Fabre pour le numéro 58 de Grande Galerie.

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