Acquisition d’un relief romain du début du Principat
Antiquités grecques étrusques et romainesAcquisition
Les recherches conduites au musée du Louvre ont établi la provenance d’un relief romain alors en mains privées, perdu depuis la Seconde guerre mondiale et sa spoliation en 1940. Après sa restitution à ses ayant-droit légitimes, l’œuvre a pu être acquise par le musée pour enrichir les collections d’art romain.
C’est un petit relief, cassé sur le côté gauche. Il montre deux personnages face à face : un homme debout, en cuirasse, tenant une lance dans la main gauche, brandit de la droite un aplustre (ornement de poupe d’un navire de guerre) miniaturisé. Face à lui, une femme assise sur un banc de rochers, enveloppé dans son vêtement, a posé la tête sur son poing gauche fermé, dans une attitude pensive. Elle porte en couvre-chef une dépouille d’éléphant. Malgré sa modestie apparente, cette œuvre est d’une importance considérable dans l’histoire de l’art romain : elle commémore sous forme synthétique la victoire d’Octave, le futur Auguste (à droite), sur l’Égypte lagide ou sur Alexandrie (à gauche), figurée dans l’attitude qui, dans l’art romain, deviendra caractéristique des figures des captifs et des vaincus des conquêtes impériales. C’est une référence très précise à la victoire d’Actium (en 31 av. J.-C., sur Marc-Antoine et Cléopâtre VII, la dernière reine de la dynastie des Ptolémées) et à la prise d’Alexandrie, l’année suivante, qui marqua la fin du règne lagide sur l’Égypte et l’intégration du pays entier au patrimoine privé du futur Auguste.
Si l’évènement lui-même représente un tournant décisif dans l’histoire romaine, l’œuvre occupe dans celle de l’art de Rome une position particulière. Signalée au XIXe siècle dans le suburbium romain (à l’extérieur de la Porta San Giovanni, au sud-est de l’Urbs), elle doit avoir fait partie du décor architectural d’un tombeau monumental. Elle révèle la reprise de motifs tirés du répertoire grec (la figure éplorée, fréquente dans le répertoire funéraire classique et hellénistique) pour les intégrer à un système tenant de la communication publique : ce schéma figuratif va devenir courant dans l’art officiel impérial. Elle témoigne également d’une évolution dans la représentation de l’empereur et son lien aux destinées de Rome : ce sont ses vertus, ici plus particulièrement sa uirtus militaire, qui régulent le monde et sa bonne marche, en contribuant notamment de manière décisive à l’établissement d’une paix universelle.
Ce relief avait été signalé à la fin du XIXe siècle à la vigna Baldinotti, à l’extérieur de Rome. En 1928, il fut acheté par un collectionneur américain installé à Paris, James Hazen Hyde, qui avait développé une passion collectionnistique pour les personnifications des continents. La figure féminine était alors tenu pour une allégorie de l’Afrique – une exégèse en Alexandrie est en fait bien plus naturelle. Le relief disparut à la suite de l’invasion allemande de 1940. Les biens de James H. Hyde avaient été déclarés bien ennemis. Spoliés, ils lui furent restitués durant la guerre. Mais ce relief avait été définitivement dérobé et les offres de récompense publiées par Hyde en 1948 restèrent sans effet. On ne sait comment l’œuvre parvint dans le Perche, où elle fut trouvée à la fin du XXe siècle. Alertés de sa provenance à la suite du travail conduit au sein du Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du musée, ses propriétaires souhaitèrent le restituer à ses ayant-droit légitimes. Ce fut l’occasion pour le musée du Louvre d’acquérir cette pièce rarissime, dont l’histoire moderne présente un intérêt comparable à celui que suscite la richesse des suggestions artistiques et iconographiques, et qui vient compléter de manière significative la collection d’art romain du musée.