Carte blanche à Klaus Mäkelä et à l'orchestre de Paris

CréationConcerts

Le 24 juin 2024

Première carte blanche donnée à un chef d’orchestre par le musée du Louvre, celle-ci a représenté – pour Klaus Mäkelä et l'Orchestre de Paris dont il est le directeur musical – une traversée des espaces du musée où différents programmes ont eu lieu. Au cœur des collections, deux concerts ont confronté des œuvres emblématiques du Louvre avec des pièces musicales peu jouées en France. 

Concerts muséaux  

En tant qu’ensemble symphonique, l’Orchestre de Paris est habitué à réunir de grands effectifs. Plus rarement, et ce fut le cas au Louvre, ses musiciens jouent un répertoire de musique de chambre conçu pour de petits ensembles. Dans la salle Charles Le Brun, Klaus Mäkelä dirige ainsi depuis le violoncelle, son instrument de formation, dont il demeure un remarquable virtuose. 
La première pièce, Battalia a 10 en ré majeur C 61, composée en 1673 par Heinrich Ignaz Franz Biber est contemporaine du cycle de l'histoire d'Alexandre commandé à Le Brun par Louis XIV. Le concert se poursuivait par l’Octuor à cordes en ut majeur opus 71, de Georges Enesco. Klaus Mäkelä loue le « souffle, [de] cette grande pièce de forme sonate de près de trois quarts d’heure [qui] tend ses quatre mouvements jusqu’au point de rupture – sans jamais franchir celui-ci. » Dans la salle Charles Le Brun, le son aiguisait la perception des corps en luttes représentés dans les peintures de batailles : les archets des instrumentistes se mêlaient aux lances des soldats. 

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Charles Le Brun, La Bataille d'Arbellès, Inv. 2895, MR 1916

Carte blanche dans les Salles rouges : David et Davies 

Klaus Mäkelä retrouvait son pupitre de chef d’orchestre devant Le Sacre de Napoléon de Jacques Louis David, avec Music for the Funeral of Queen Mary Z 860 de Purcell, composé en 1695 pour le service funéraire de la reine Mary. Solennels et graves, les cuivres résonnaient dans le dos des spectateurs qui semblaient plongés dans les coulisses d’une cérémonie.
À ce prélude succéda Eight Songs for a Mad King (1969) de Peter Maxwell Davies interprété par le baryton Thomas Florio. La pièce dépeint la folie du roi George III d’Angleterre à travers une composition qui met la voix du chanteur à rude épreuve : du cri au chant en passant par le grommellement ou le murmure. En moins de trente minutes, cet inquiétant collage sonore enjambait des cultures musicales dissemblables comprenant des évocations de Haendel, un menuet du XVIIIsiècle ou encore le rythme moderne d’un fox-trot. 
Il y avait là, bien sûr, un clin d’œil à la confrontation des anciens protagonistes des guerres napoléoniennes incarnés (musicalement) par le roi anglais et (dans l’image) par Napoléon. 

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Jacques Louis David, Le Sacre de Napoléon, Inv. 3699, MR 1437

Comme le souligne Vincent Agrech – rédacteur en chef de « Notations », le magazine de l’Orchestre de Paris – « L’Octuor d’Enesco et les œuvres de Davies représentent des raretés en France : elles y demeurent peu jouées, voire méconnues. De nombreux spectateurs ont découvert ces pièces exceptionnelles dans des conditions muséales elles même singulières. La configuration de la salle Le Brun, en boîte à chaussure, se rapproche de celle de nombreuses salles de concert du dix-neuvième siècle. Celle des Salles Rouges est plus atypique, mais se prête remarquablement aux mises en espace. »
De duel historique en confrontation esthétique (entre David et Davies) – comme dans les scènes peintes par Le Brun – Klaus Mäkelä nous rappelle que le dialogue entre peinture et musique peut aussi être un champ de bataille.

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