"Formules pour sortir de jour" : le guide de voyage des Egyptiens dans l'au-delà

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Le 2 février 2026

Après plusieurs années de fermeture, la galerie du Livre des morts rouvre ses portes dans une présentation renouvelée. L’équipement nécessaire au bien-être du défunt dans l’au-delà y est présenté : statuettes figurant des serviteurs funéraires, amulettes, vases canopes contenant les viscères, rouleaux de papyrus portant les « formules pour sortir le jour »… autant d’objets indispensables pour affronter l’éternité.Après plusieurs années de fermeture, la galerie du Livre des morts rouvre ses portes dans une présentation renouvelée. L’équipement nécessaire au bien-être du défunt dans l’au-delà y est présenté : statuettes figurant des serviteurs funéraires, amulettes, vases canopes contenant les viscères, rouleaux de papyrus portant les « formules pour sortir le jour »… autant d’objets indispensables pour affronter l’éternité.

L’importance des rituels funéraires et l’abondance du mobilier qui accompagnait le défunt conduisent trop souvent à supposer que les Egyptiens entretenaient une fascination pour la mort, quand ils ne désiraient dans l’éternité que « pouvoir faire tout ce que l’on avait coutume de faire lorsque l’on était sur terre ». 
Lors du décès, deux entités principales, le « ka » et le « ba » étaient dissociées du corps. Leur existence simultanée dans les différents secteurs de l’au-delà dépendait alors de la préservation du corps et du nom du défunt. A cet effet la momification de la dépouille mortelle est attestée dès la fin du quatrième millénaire et sera pratiquée jusqu’à l’époque romaine. 

La galerie toute en longueur, située sous la colonnade de Perrault, présente, le long de son mur est, des vitrines contenant le matériel accompagnant le défunt dans sa sépulture.
Sont ainsi évoqués les serviteurs funéraires, appelés Chaouabtis ou Ouchebtis, sous la forme d’une troupe en faïence (bleu égyptien), les ouvriers en rangs de dix sous la supervision d’un contremaître portant un fouet. Dans une seconde vitrine est rassemblée une typologie de chaouabtis, dans divers matériaux et d’époques différentes, des réalisations plus ou moins raffinées, qui témoignent de la grande hétérogénéité des pratiques en fonction des moyens du défunt et des époques.

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Serviteur funéraire d'Horemakhbit

On poursuit par les vases canopes, contenant les viscères. En effet, certains organes étaient conservés à part, placés dans des récipients, chacun associé à un point cardinal et un fils d’Horus : le foie, Amset, à tête humaine, le sud ; l’estomac, Douamoutef, à tête de chacal, l’est ; les poumons, Hapi, cynocéphale (tête de babouin), le nord ; les poumons, Kébehsénouf, à tête de faucon, l’ouest.
Vases canopes et serviteurs funéraires pouvaient être placés dans des coffres, inscrits au nom du défunt et décorés.

Les amulettes et scarabées, sur lesquels étaient inscrites des formules magiques protectrices, précèdent la vitrine dans laquelle sont rassemblés des cartonnages et portraits d’époques ptolémaïque et romaine. Prolongation de l’effigie du défunt, placés sur la momie, ils contribuent, tout comme la préservation de son nom et de son corps, à assurer sa survie dans l’au-delà.

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Portrait funéraire

Le long du mur ouest sont présentés des livres des morts. Sont ainsi désignés des textes, copiés sur des rouleaux de papyrus placés à proximité de la momie, qui fournissaient au défunt un mode d’emploi pour affronter les différentes épreuves auxquelles il était confronté après son décès. La terminologie moderne « Livre des morts » a été définie par l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius en 1842, à l’occasion de son étude de l’un de ces textes, conservé au musée égyptien de Turin. Le titre égyptien renseignait sur leur destination : « formules pour sortir le jour ».

Attestées à partir du Nouvel Empire (1580 – 1077), ces successions de formules indépendantes, de taille variable, reprennent celles qui étaient inscrites sur les sarcophages du Moyen Empire, elles-mêmes héritées des Textes des pyramides de l’Ancien Empire, alors réservés au pharaon. Elles visent à assurer au défunt la possibilité de « sortir tous les jours qu’il voudra et rentrer dans sa tombe sans obstacle. Il lui sera donné du pain, de la bière, de la viande provenant de l’autel de Rê. Il recevra un terrain dans le Champ des roseaux, où il lui sera donné de l’orge et du blé, il sera florissant comme il était sur terre ».

La composition – choix des chapitres, ordre dans lequel ils se succèdent, à l’origine assez libre, tend à s’uniformiser au fil du temps. Rares sont cependant les exemplaires qui comportent l’intégralité du texte. Suivant les moyens du commanditaire s’opère une sélection de formules plus ou moins élargie. Il en est de même pour la facture. Les livres les plus simples présentent une écriture cursive serrée. Un budget supérieur permet d’obtenir des vignettes dessinées, voire des rehauts de couleur. Les vignettes peintes, parfois enrichies d’or, sont réservées à l’élite. Elles illustrent les principales étapes du parcours du défunt, comme la pesée du cœur devant Osiris, le dieu des morts, ou l’arrivée au « champ des offrandes ».

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Papyrus de Nedjemet, détail

Les textes comportent des hymnes aux dieux, particulièrement Osiris et Rê, le dieu du soleil créateur, et des formules permettant d’assurer au défunt l’accomplissement de ses vœux pour un séjour harmonieux dans l’au-delà. En premier lieu il doit pouvoir « sortir le jour sur terre, afin de profiter des offrandes, contempler le soleil, revoir sa maison – faire tout ce qu’il voudra parmi les vivants », avant de rentrer le soir dans sa tombe. D’autres formules sont plus spécifiques, qui visent à éliminer les êtres nuisibles (crocodiles, serpents,…) ou à voir reconnaître sa vertu devant le tribunal d’Osiris. Le livre des morts constitue ainsi une sorte de guide dans l’au-delà. 

Les formules consignées dans le Livre des morts et le matériel qui lui est associé renseignent sur les rites funéraires, les croyances et le rapport au divin des anciens Égyptiens. La galerie qui leur est dédiée permet ainsi d’entrevoir de façon très concrète ce qu’était leur conception du monde.

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