La salle du trône de Louis XVIII aux Tuileries

Vie des collectionsPrésentation

Le 5 juillet 2024

Grâce à un prêt exceptionnel du Mobilier national, le département des Objets d’art consacre une salle à la présentation du mobilier de la salle du trône de Louis XVIII au palais des Tuileries. Rencontre avec Anne Dion, conservatrice générale, adjointe au directeur du département des Objets d’art, pour évoquer l’histoire de ce projet.

Que désigne la dénomination « salle du trône de Louis XVIII » ?

Il s’agit du meuble d’été de la salle du trône de Louis XVIII au palais des Tuileries. Un « meuble » comprend à la fois des étoffes murales (ou tenture) et des sièges. Pour le décor de la salle du trône, on renoue avec la tradition de l’Ancien Régime de faire alterner selon la saison un meuble d’été, ici en soie cramoisie tissée à Lyon, et un meuble d’hiver, en tapisserie de Beauvais.
Le palais des Tuileries, détruit par un incendie lors de la Commune, était au XIXe siècle la résidence parisienne du souverain. Sous le Premier Empire, la salle du trône avait été aménagée dans l’ancienne chambre de parade de Louis XVI. Louis XVIII choisit de conserver ces dispositions et commande le renouvellement complet du décor de cette salle, avec un faste particulier. C’est un geste politique.

Quelle est l’histoire de cet ensemble mobilier ?

Dès 1816, l’intendant du Garde-Meuble, le baron Armand de Ville-d’Avray, qui reprend la charge occupée par son père auprès de Louis XVI, commande les dessins d’un nouveau mobilier pour la salle du trône des Tuileries. En effet l’ancien était jugé vétuste. Après la démission du dessinateur du Garde-Meuble en 1817, le projet est confié à Jean-Démosthène Dugourc, dessinateur du Mobilier de la Couronne. C’est un artiste apprécié de Louis XVIII, auprès duquel il a occupé plusieurs postes officiels quand celui-ci était comte de Provence.
De par sa charge, Dugourc doit fournir les modèles des pièces qui seront produites dans les manufactures royales. Il propose ainsi, dans un premier temps, les dessins des tapis qui seront réalisés à la manufacture de la Savonnerie. Puis, au fil des années, il va donner des modèles pour du mobilier, des bronzes, des textiles, et jusqu’aux broderies et passementeries.

De quoi est composé cet ensemble ?

Ce qui en constituait la pièce centrale, le trône, a été détruit lors de la révolution de 1848. Il est évoqué par le dais qui le surmontait. 
Une luxueuse tenture à fond cannetillé avec réseau de dentelle d’or a été tissée à la manufacture lyonnaise Grand frère. Le décor mêle la symbolique royale : armes de France, couronne, fleurs de lys, à des ornements inspirés de l’Antiquité : cornes d’abondance, palmes, rinceaux, caducée. Les portières, qui, comme leur nom l’indique, avaient pour fonction de masquer les portes, sont dans les mêmes tons cramoisi et or. Elles sont ornées de boucliers à tête d’Apollon qui rappelaient le décor du plafond. 
Le mobilier en bois doré, réalisé par l’ébéniste Jacob-Desmalter sur les dessins de Dugourc, comprenaient deux fauteuils de représentation, réservés aux princes ou princesses de sang, des candélabres et des bras de lumières.
Enfin, un grand tapis aux armes de France et de Navarre complète l’ensemble.

illustration
dais du trône de Louis XVIII aux Tuileries

Cette présentation est le fruit d’une collaboration avec le Mobilier national…

Il s’agit d’abord d’un dépôt exceptionnel consenti par le Mobilier national. L’idée était ancienne mais n’avait jusqu’à présent pu être concrétisée. Nous nous réjouissons donc particulièrement de cet heureux aboutissement.
La collaboration s’est prolongée par le travail accompli sur le dais et les luminaires dans les ateliers du Mobilier national. Le mobilier a, quant à lui, été restauré dans l’atelier bois doré du C2RMF. Enfin, une restauratrice indépendante, Isabelle Rousseau, a travaillé sur les soieries.

Le résultat est-il à la hauteur de vos espérances ?

C’est un projet ambitieux. La restitution est très évocatrice et les pièces restaurées constituent un ensemble magnifique. Je tiens à remercier les équipes du Mobilier national, du C2RMF et du Louvre qui ont contribué à ce magnifique résultat.

Vous aimerez aussi

Femmes artistes en France au début du XIXe siècle

Les études menées sur la place des artistes femmes dans les musées d’art ancien, thème du colloque international organisé par le Centre Dominique Vivant Denon les 16 et 17 février, vont de pair avec les efforts de mise à jour des collections permanentes.  Si l’on pense d’abord aux nouvelles acquisitions (telle l’Élève intéressante de Marguerite Gérard, achat en 2019), le Louvre dispose aussi d’autres moyens. C’est ainsi que cinq tableaux d’artistes actives à Paris ont refait leur apparition aux cimaises du deuxième étage de l’aile Sully, bientôt suivies d’autres. Rencontre avec Côme Fabre, conservateur au département des Peintures en charge des peintures françaises et nordiques du XIXe siècle.

« En matière de restauration, les applications 3D ouvrent des perspectives vertigineuses. »

A partir du 18 mars prochain, l’exposition d’actualité du département des Antiquités égyptiennes sera consacrée à la stèle d’Imény, un monument inscrit datant du Moyen Empire (2040 – 1782 av. J.-C.). Retour, en compagnie de Julien Siesse, documentaliste scientifique, sur le parcours surprenant d’un objet entré dans les collections du Louvre il y a plus de cent-cinquante ans.

« Les illustres inconnus du Louvre » : la réalité augmentée donne vie aux chefs-d’œuvre

Après une première expérimentation menée en 2023 dans les salles du département des Antiquités égyptiennes, la réalité augmentée fait son grand retour : le Louvre, avec son partenaire Snapchat, offre au public un dispositif de médiation innovant qui se déploie dans six départements du musée à partir du 18 février 2026.